John Kerry, l’ami des musulmans ?

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la guerre en Irak, la sécurité nationale, absente du débat en 2000, est devenue l’un des grands thèmes de campagne électorale aux Etats-Unis.
John Kerry s’engage, s’il devient président, à redonner un rôle de premier plan à l’action diplomatique, à traiter l’Onu comme « un partenaire à part entière », à renouer des discussions bilatérales avec la Corée du Nord et à « remplacer l’action unilatérale par une sécurité collective authentique ».
Le sénateur du Massachusetts accuse le président républicain de mener « la politique étrangère la plus arrogante, inepte, imprudente et idéologique de l’histoire moderne. » Tout en insistant sur le fait qu’il ne céderait rien sur les questions de sécurité et qu’il emploierait la force si nécessaire, Kerry prône « une nouvelle ère d’alliances car même la seule superpuissance au monde ne peut pas réussir sans coopération et compromis avec ses amis et alliés ». Il promet de nommer un émissaire présidentiel permanent chargé de suivre le processus de paix au Proche-Orient et de désigner un représentant spécial pour le monde musulman qui chercherait à renforcer l’islam modéré.
Kerry reverrait les grandes décisions stratégiques militaires de George Bush, comme la décision de déployer un bouclier antimissile. Son budget militaire serait « différent même si pas forcément plus réduit », déclare son conseiller en affaires étrangères Rand Beers, qui a démissionné l’an dernier de son poste d’adjoint spécial chargé du contre-terrorisme auprès de l’administration Bush pour rejoindre le camp Kerry. Vainqueur de 18 des 20 primaires et caucus organisés par les démocrates depuis le début de la campagne en janvier, John Kerry dispose du soutien de 688 délégués, selon un décompte de l’agence Associated Press, contre 207 à John Edwards. Or à la convention nationale de juillet, l’investiture ira à celui qui aura recueilli la majorité des 4.322 voix, soit 2.162. Les 1.151 sièges de délégués en jeu mardi pourraient donc être déterminants. Jusqu’ici, John Edwards n’a dominé que dans sa Caroline du Sud natale, tandis que Kerry est donné gagnant dans quatre Etats de Nouvelle-Angleterre, et favori dans les plus importants Etats, de New York, de Californie et du Maryland. Même la Géorgie, l’Ohio et le Minnesota, encore incertains, penchent plutôt dans les sondages pour le sénateur du Massachusetts. Kerry est crédité de 59% des voix contre 28% à Edwards. Réalistes, les partisans du sénateur de Caroline du Nord commencent à se résigner, bien que l’intéressé entende lutter au moins jusqu’au vote de quatre Etats du Sud le 9 mars. Les deux autres candidats encore en lice, Dennis Kucinich et Al Sharpton, n’ont plus vraiment voix au chapitre.
Quant au président du parti démocrate, Terry McAuliffe, il aimerait connaître son futur champion dans les deux semaines pour préparer la contre-attaque à la coûteuse campagne publicitaire que le président sortant George W. Bush doit lancer jeudi. Mais John Edwards s’accroche et n’a pas ménagé son rival dimanche lors d’un débat à New York, accusant John Kerry d’avoir perdu le contact avec le terrain, d’avoir voté pour de mauvais accords commerciaux et de présenter dans de nombreux dossiers, notamment celui de la sécurité sociale, des propositions vouées selon lui à « enfoncer encore davantage (les Etats-Unis) dans le déficit » budgétaire.
A quoi Kerry, âgé de 60 ans, sénateur depuis 19 ans et ancien combattant de la guerre du Vietnam, rétorque que le pays a besoin d’un homme d’expérience qui ait « prouvé sa capacité à s’élever pour mener des batailles difficiles ». Une pierre dans le jardin d’Edwards qui, à 50 ans, n’en est qu’à son premier mandat sénatorial.
Malgré tout, le « jeunot » refuse de se résigner à un « ticket » Kerry-Edwards et se vexe quand George W. Bush réserve ses piques au seul sénateur du Massachusetts. Lequel se pose déjà en candidat démocrate, attaquant le président républicain sur les pertes d’emploi, le plongeon dans le rouge d’un budget excédentaire à son arrivée à la Maison Blanche, et la détérioration des relations des Etats-Unis avec leurs alliés et le reste de la communauté internationale.

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