Justice presque posthume pour les anciens combattants

Justice presque posthume pour les anciens combattants

Depuis qu’il a quitté l’Elysée pour une paisible retraite au bord de la Seine, Jacques Chirac est redevenu plus populaire, plus aimé des Français. La dernière grande décision du Conseil constitutionnel, dont il fait partie en tant qu’ancien président, d’aligner les retraites des anciens combattants issus des ex-colonies avec leurs homologues français, risque de donner davantage de lustre à son image. C’était lui qui avait exprimé une émotion presque nationale en 2006 à la sortie du film de Rachid Bouchareb, avec Jamal Debbouze, Roshdy Zem, Samy Naceri et Sami Bouajila. Le film montrait le rôle militaire décisif joué par des soldats d’origine maghrébine dans les grandes guerres dans lesquelles la France était engagée au début et au milieu du vingtième siècle. Non seulement ces soldats, dont les survivants sont tous âgés, touchaient une pension de misère mais étaient institutionnellement discriminés par rapport à leurs frères d’armes français. Le film «Indigènes» avait ce grand mérite d’ouvrir ce débat et d’éclairer cette injustice. L’effet du film fut si efficace qu’il est parvenu à arracher aux pouvoirs publics de l’époque une promesse de corriger cette situation. Presque quatre ans plus tard, le Conseil constitutionnel vient de réaliser cet engagement de Jacques Chirac en prônant un alignement des retraites des anciens combattants de l’armée coloniale française avec leurs homologues français. Le Conseil constitutionnel référait dans sa décision à la Déclaration des droits de l’Homme de 1789, qui dit : «La loi doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse». Il faut dire que ce débat n’a réellement jamais quitté la scène politique française depuis les années 80. Il accompagnait en arrière-plan cette grande interrogation sur l’apport des immigrés à la société qui commençait à secouer les Français ces vingt dernières années, notamment avec la montée du Front National et l’expression de plus en plus publique de l’intolérance et de la xénophobie. Ce qui n’était pas connu dans le détail, c’était l’ampleur de cette question et la profondeur de cette injustice. Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants Hubert croit savoir que quelque «30.000 personnes pourraient etre concernées». De tous ceux qui ont réagi à cette décision du Conseil constitutionnel, le Parti socialiste de Martien Aubry est celui qui lui a donné une portée politique immédiate en taclant le gouvernement et sa politique actuelle d’immigration : «Une décision historique qui contraint enfin le gouvernement français à admettre ce que notre nation doit à tous les ressortissants de pays anciennement placés sous la souveraineté, le protectorat ou la tutelle de la France». Au Maroc, grand pays fournisseur d’anciens combattants, Mohamed Ameur ministre délégué chargé de la Communauté marocaine résidant à l’étranger, s’est empressé de souligner l’importance d’une telle décision qui : «répond, selon lui, à une injustice criante et elle tombe au bon moment car ces anciens combattants sont malades et vivent des conditions difficiles». Sur le site de l’ambassade de France au Maroc, on apprend qu’après leur participation à «la libération de l’Europe (…) au conflit indochinois (…), 170.000 cartes de combattants furent attribuées à des ressortissants résidant au Maroc. Aujourd’hui, 28.000 ressortissants du code des pensions militaires d’invalidité sont recensés au Maroc et se répartissent comme suit : – 21.000 anciens soldats – 7.000 veuves».

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