Khalifa condamné

Khalifa condamné

Le tribunal criminel de Blida, au sud d’Alger, a condamné par contumace à la prison à vie l’ancien «golden boy» algérien Rafic Abdelmoumène Khalifa, dont l’empire financier, bâti en cinq années, s’est effondré en 2003 en laissant un "trou" de plus d’un milliard de dollars.
À l’issue d’un procès marathon de plus de deux mois, mené tambour battant par Mme Fatiha Ibrahimi, juge atypique de 53 ans, le tribunal a réservé ses plus lourdes peines à Rafik Khalifa et à l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abdelwahab Keramane, condamné de son côté à vingt ans de prison ferme.
Rafik Khalifa et Abdelwahab Keramane étaient jugés par contumace notamment pour «association de malfaiteurs, vol qualifié, détournement de fonds, faux et usage de faux». Parmi leurs co-accusés en fuite, cinq ont été condamnés à 20 ans de prison ferme.
L’épouse de Rafik Khalifa, Nadia Amirouchène, a été, pour sa part, condamnée à 10 ans de prison, ainsi que l’ancien ministre de l’Industrie, Abdennour Keramane, et sa fille Yasmine, ex-représentante de Khalifa Airways à Milan (Italie). Le procureur avait requis contre eux la prison à perpétuité.
Le tribunal a ordonné, par ailleurs, la saisie des biens de tous les condamnés par contumace, qui ne peuvent faire appel de la sentence. Toutefois, en cas d’arrestation ou d’extradition, ou s’ils se livrent d’eux-mêmes aux autorités, ils seront rejugés dans les formes légales prévues pour les accusés présents au prétoire. L’ancien « golden boy », réfugié à Londres, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par l’Algérie, qui demande son extradition.
Il avait été interrogé deux fois par la police londonienne le 27 février et le 20 mars sur des soupçons de blanchiment d’argent et laissé en liberté provisoire sous caution jusqu’au 22 mai.
L’Algérie et la Grande-Bretagne sont liées par un accord d’extradition signé en juillet 2006. Il est entré en vigueur en février 2007 après l’échange officiel des instruments de ratification entre les deux pays.
Les procédures d’extradition sont longues et complexes en Grande-Bretagne, ce qui, selon les avocats, va retarder l’éventuelle remise de M. Khalifa aux autorités algériennes.
L’affaire Khalifa a révélé des dysfonctionnements graves et éclaboussé des politiques. Plusieurs observateurs ont qualifié ce procès d’un procès qui cache le procès. Les ministres, les responsables syndicaux, ainsi que les chefs d’entreprises publiques n’ont été appelés à la barre qu’en qualité de témoins.
La faillite de Khalifa Bank a causé un préjudice estimé entre 1,5 milliard et 5 milliards de dollars à l’Etat et aux épargnants. L’affaire Khalifa Bank est le premier volet d’un procès qui doit se prolonger avec celui de Khalifa Airways, puis des autres filiales du groupe.
La plupart des accusés se sont défendus en affirmant qu’ils «obéissaient aux instructions de Rafik Khalifa», qu’ils ont décrit comme un patron intransigeant n’acceptant pas que ses ordres soient discutés.
Le groupe Khalifa, édifié en quelques années dans des conditions obscures, avait connu son apogée en 2001-2002, avant une descente aux enfers, qui a commencé en février 2003 après l’arrestation à l’aéroport d’Alger de deux cadres du groupe, qui tentaient de faire passer frauduleusement à l’étranger une mallette contenant deux millions d’euros.

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