La chute de Bagdad, quatre ans après

La chute de Bagdad, quatre ans après

Alors que le monde célèbre aujourd’hui le quatrième anniversaire de la chute de Bagdad, les plus pessimistes des prédicateurs et les plus zélés des oiseaux de mauvais augure n’auraient senti un scénario aussi catastrophique. La preuve la plus éclatante de l’échec de l’administration Bush en Irak  n’est ni son enlisement militaire dans le bourbier irakien ni son incapacité à stabiliser le pays ni l’énorme déperdition des ressources engagées. Les Irakiens adressent un message de dépit à leurs «libérateurs» quand, par une cruelle ironie, ils sont confinés à regretter en silence «les temps paisibles et sûrs de Saddam Hussein». La moindre plongée dans la réalité irakienne d’aujourd’hui fait éclater cette vérité.
Ce sentiment d’impuissance et de gâchis enveloppé dans une épaisse couche de nostalgie est le titre principal des célébrations  symboliques du quatrième anniversaire de la chute de Bagdad ce 9 avril, cette ville  qui s’est laissée prendre avec une étonnante rapidité mais qui donne du fil à retordre à ses conquérants pour la dominer.
Pour les Américains, les voix qui idéalisaient cette aventure militaire, la comparant à une promenade de santé avec, au bord de la route, des Irakiens accueillants, la fleur à la main, hilares et ivres de liberté, se sont définitivement tues. Quatre ans après, l’Irak, avec ses millions de réfugiés qui défoncent désespérément les portes cadenassées des pays voisins, ses dizaines de morts au quotidien, sa guerre sectaire et ses milices confessionnelles surarmées, formate la vie politique américaine et creuse les véritables césures du paysage politique du pays.
La presse américaine, qui a longtemps  hésité à utiliser le terme «guerre civile» pour designer ces meurtres de masse, est la plus pertinente quand il s’agit de mettre en scène le désespoir  de toute un peuple en proie à la déportation, au démantèlement. Ni  l’arrestation et l’exécution spectaculaire de Saddam Hussein et de ses proches collaborateurs ni l’organisation d’élections et la formation d’un gouvernement n’ont réussi à panser la plaie irakienne ni même à arrêter l’hémorragie.
Quatre ans après, même ceux qui refusent de dénoncer l’erreur politique d’avoir entrepris la guerre et installé l’occupation, reprochent à l’administration Bush d’avoir démantelé l’armée et décapité le parti Baath.
Après longtemps brocardé de l’autisme politique du président Georges Bush, les plus influents éditorialistes américains en sont réduits de nos jours à tirer à boulets rouges sur le gouvernement de l’islamiste chiite Nouri Al Maliki, accusé d’être prisonnier d’une logique sectaire qui l’empêche d’ouvrir le jeu politique irakien aux autres forces irakiennes, surtout celles soupçonnées de fournir un parapluie politique et religieux à l’insurrection.
Pour  les Arabes, après avoir un temps applaudi et aidé le coup de boutoir contre le régime de Saddam Hussein, les pays de la région, emmenés par le leadership saoudien, ont vite pris la mesure du potentiel déstabilisateur d’un Irak en proie à une guerre civile. Rares sont les voix arabes d’aujourd’hui qui trouveraient un quelconque avantage à cette aventure américaine en Irak.
Le constat est limpide : Quatre ans de guerre américaine en Irak ont abouti à deux faits majeurs : faire tomber l’Irak dans l’escarcelle iranienne avec tous les bouleversements régionaux possibles que susciterait le désir de revanche des Ayatollahs de Téhéran, sûrs d’eux et dominateurs. Et la création d’un foyer de recrutement, d’entraînement et de production de nouvelles générations de terroristes et de kamikazes sous la bannière d’Al Qaïda ou d’autres labels mondialisés de l’action violente. Pour contenir ces dangers, les pays arabes de la région n’ont d’autre choix que de s’impliquer dans la recherche  d’une solution. D’où l’annonce faite, le week-end dernier, par le ministre des Affaires étrangères irakien Hochiar Zibari «nous sommes tombés d’accord pour tenir la réunion ministérielle avec les pays voisins et les membres permanents du Conseil de sécurité et le G8 en Egypte, plus probablement à Charm El-Cheikh». Après quatre années irakiennes ensanglantées, la seule fenêtre d’espoir provient d’une réunion  ministérielle hypothétique, conçue sans grande conviction, dans un pays voisin… C’est dire les lourdes épreuves qui attendent encore Bagdad et les Irakiens.

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