La commission d’enquête toujours dans la tempête

La commission d’enquête toujours dans la tempête

Pour une partie de l’opinion publique, il ne fait aucun doute que la Commission Winograd a trahi sa mission et qu’elle a tourné casaque, à la suite des fortes pressions exercées sur ses membres par l’entourage de Ehoud Olmert et par le Premier ministre en personne. Un sentiment conforté par les révélations fracassantes faites à Maariv, le 6 février 2008, par l’électron libre de la Commission, le professeur Yehezkel Dror. Dans un entretien retentissant, le professeur Dror affirme que les membres de la Commission ont pris en compte le fait que le gouvernement était engagé dans un processus de paix avec les Palestiniens et qu’il fallait le soutenir plutôt que l’affaiblir. Et Yehezkel Dror d’accuser ses  collègues, à mi-mots, d’avoir surtout voulu éviter la tenue d’élections législatives anticipées qui auraient vu le retour au pouvoir du chef du Likoud, Benyamin Netanyahou. 
Il faut prendre avec beaucoup de prudence les assertions de Yehezkel Dror. Ulcéré par le refus de ses collègues de mentionner dans leur Rapport ses opinions divergentes, notamment en ce qui concernait le déroulement de l’ultime offensive terrestre, le professeur n’est pas forcément mécontent de se poser en «chevalier blanc» et en «seul élément réellement indépendant» de la Commission. Une posture qui pourrait lui ouvrir la voie à une carrière politique sous la bannière du Likoud dont il n’est pas très éloigné. Préparant un livre sur la Seconde Guerre du Liban, Yehezkel Dror peut, de surcroît, avoir pensé qu’un «coup de publicité» serait de nature à attirer l’attention du public et à faire de son ouvrage à paraître un probable best-seller. 
Sans exclure ces deux hypothèses, force est de constater que Yehezkel Dror dit tout haut ce que pensent tout bas de nombreux observateurs et que ces affirmations, qu’il a partiellement démenties,  sont de nature à provoquer une véritable tempête politique.
Elles ont permis à l’extrême droite israélienne, tétanisée par la publication du Rapport définitif de la Commission Winograd, de repasser à l’offensive. L’un de ses ténors, le député PNR, Ihoud Léoumi Zeboulon Orlev, président de la Commission de contrôle de l’Etat, a bondi sur l’occasion. D’une part, il a convoqué, pour entendre leurs explications, le juge Eliahou Winograd et le professeur Yehezkel Dror qui devront préciser, sous serment, s’ils ont ou non subi des pressions politiques et de quelle nature auraient été celles-ci. D’autre part, il réclame la constitution d’une réelle Commission d’enquête, ayant rang de Commission d’Etat, chargée de reprendre l’ensemble des conclusions de la Commission Winograd et de rédiger un «rapport digne de ce nom».
Cette demande est vouée à l’échec sur le plan formel : la majorité parlementaire s’oppose en effet à cette exigence qui aurait pour conséquence de plonger le pays dans une crise interminable. Comme le soulignait l’éditorial d’un grand quotidien : «La publication du Rapport Winograd est le moment propice pour la société israélienne de chercher à aller de l’avant et de faire face aux futures menaces. La dernière chose dont Israël a besoin actuellement est une longue période d’enquête génératrice d’instabilité politique, avec son lot de manifestations, de témoignages et d’expression de souffrances privées. Ceux qui veulent créer une Commission d’enquête étatique n’ont pas en tête la recherche de la vérité ou l’intérêt du pays. Ce qu’ils veulent, c’est une Commission qui amènera la démission de Ehoud Olmert».  La majorité parlementaire devrait donc rejeter le principe de la création d’une nouvelle Commission d’autant plus que le professeur Dror a multiplié les démentis et souligné qu’on avait mal interprété ses propos. Ses dénégations importent peu. L’ampleur de la crise qu’il a provoquée montre que  Israël n’en a pas fini avec la Seconde Guerre du Liban. Le hiatus entre les attentes de la société et la conduite de la direction politique dissimule une crise de la représentation et de l’identité dont on pourrait voir prochainement les conséquences dramatiques. D’autant qu’«une direction qui n’a pas su remporter une guerre est mal placée pour gagner la bataille de la paix». La plus dure et la plus exigeante de toutes, qui nécessite un consensus désormais difficile à trouver parmi les Israéliens même si une majorité est effectivement favorable à la conclusion  d’un accord de paix définitif avec les Palestiniens.

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