La crise fait oublier les vrais problèmes

Alors qu’Israël célébrait les fêtes marquant la nouvelle année juive et le Grand Pardon, rares étaient ses habitants à se soucier de la formation ou non d’un nouveau gouvernement dirigé par Tzipi Livni.
Comme des millions d’épargnants dans le monde, la plupart avaient les yeux rivés sur les principales places financières mondiales et sur la chute vertigineuse de leurs cours. Le plan de sauvetage de l’économie américaine préparé par George Bush et adopté, après quelques réticences, par le Congrès américain, n’a pas eu les effets initialement escomptés, en dépit de l’importance des sommes dégagées ( près de 700 millions de dollars). Rien n’avait pourtant été négligé pour assurer la réussite du Plan Polson, un plan qui marque une rupture radicale avec les théories économiques de «  l’Ecole de Chicago» animées par Milton Friedman. C’en est fini de l’ultralibéralisme, c’est le retour de l’interventionnisme étatique et de la nationalisation du système bancaire !
Les USA et l’Europe s’efforcent d’endiguer cette crise qui s’étend aussi aux places financières du Golfe où les liquidités ne manquaient pourtant pas. Face aux menaces pesant sur plusieurs grandes institutions bancaires américaines ou britanniques, les investisseurs proche-orientaux avaient rapatrié vers le Koweït ou Dubaï leurs pétrodollars singulièrement augmentés par la récente hausse des hydrocarbures.
Pour l’instant, seul le géant chinois paraît relativement épargné par les variations des places financières mondiales, en dépit des mauvais résultats enregistrés à la Bourse de Hong Kong, l’une des places asiatiques les plus importantes. Reste que Pékin ne peut éternellement rester indifférent du fait de l’importance de ses placements financiers aux Etats-Unis et en Europe, des placements qui pourraient pâtir du ralentissement de l’activité économique mondiale. A moyen et long termes, cela pourrait-il se traduire par une singulière détérioration des rapports sino-américains, les deux pays, les USA et la Chine, entrant dans un conflit prolongé pour le contrôle des marchés dans la zone Pacifique ? Certains experts parlent même à ce propos d’une sorte de «Pearl Harbour» larvé qui constituerait la principale menace pour les années à venir. Cette crise sino-américaine se double d’une autre crise, cette fois américano-russe. Le début en a été l intervention, cet été, des troupes de Moscou en Ossétie du Nord. Mais cela ne fut qu’un prétexte déguisant mal d’autres enjeux plus sérieux. 
Redevenue un élément majeur de la scène politique internationale, la Russie tolère mal que certains de ses voisins, en particulier l’Ukraine, cherchent à obtenir leur adhésion à l’Otan et que d’autres, la Pologne ou la République tchèque, se montrent disposées à accueillir des bases de missiles à longue portée destinés à prévenir toute menace en provenance de l’Iran dont les ambitions nucléaires inquiètent au plus haut point Washington. Le déploiement de ces missiles aux marges de l’ex-Union soviétique se double d’un durcissement de la tension entre Israël et l’Iran dont la Russie semble vouloir profiter pour se réinstaller au Proche-Orient en fournissant des S 300 tant à Damas qu’à Téhéran.  D’où la crainte de voir s’instaurer, à la faveur de la crise iranienne, une nouvelle « guerre froide » entre Moscou et Washington dont les conséquences pourraient être catastrophiques pour la stabilité de la région. A moins que la crise du «nucléaire iranien» ne perde toute signification du fait de la résolution de l’une des ses causes -invoquée en tous les cas avec insistance par Téhéran-, le conflit israélo-arabe. Or, il faudrait pour cela que la communauté internationale accepte de subventionner très largement la création de l’Etat de Palestine et de financer l’indemnisation des réfugiés qui auraient renoncé à l’exercice du «droit au retour». On voit mal qui, dans l’actuel contexte, pourrait prendre un tel engagement et obtenir la coopération de ses partenaires. Là encore, un risque de déstabilisation de l’ensemble du Proche-Orient est à redouter, certains experts brandissant même la menace d’une «balkanisation du Croissant fertile». C’est dire qu’en contemplant l’évolution des cours de la Bourse, les épargnants du Proche-Orient ne songent pas uniquement à l’avenir de leurs placements personnels. C’est celui de la région tout entière qui est en cause, pour le meilleur comme pour le pire. A moins, évidemment, que les pays pétroliers arabes conduits par l’Arabie Saoudite, sortant de leur rôle jusque-là culturel et religieux, ne prennent leur part, évidente, dans la conduite des affaires économiques.

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