La dérive de la lutte anti-terroriste

L’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a mis en garde jeudi les Etats-Unis contre une exploitation de leur guerre antiterroriste. Venant compléter une série de déclarations inquiétantes d’Amnesty International entre autres, HRW dénonce des initiatives comme les tribunaux d’exception que Washington compte utiliser.
« Les terroristes jugent que leur cause justifie tout. La lutte contre la terreur ne doit pas se laisser aller à cette logique», souligne Kenneth Roth, directeur général de l’organisation new-yorkaise, dans le rapport paru le 17 janvier. « Pour un nombre trop grand de pays, le credo antiterroriste apporte de nouvelles raisons d’ignorer les droits de l’Homme», poursuit-il. Human Rights Watch dénonce notamment le « silence honteux » des Etats-Unis, imités par d’autres puissances occidentales, au sujet d’abus commis, notamment « par le gouvernement d’Arabie Saoudite, patrie de Ben Laden et de nombre de ses disciples ». Pointant aussi du doigt l’Egypte, dont la stabilité est selon elle assurée par la répression, l’ONG accuse aussi le président russe Vladimir Poutine de s’être rallié à la cause antiterroriste pour justifier sa brutale campagne en Tchétchénie. Sans oublier la Chine, qui aurait saisi cette opportunité pour réprimer une agitation de la province du Xinjiang. Le Rapport, long de 670 pages, comporte des résumés sur l’actualité des droits humains dans 66 pays au total, et notamment les améliorations dans la région des Grands Lacs, au Nigeria, en Sierra Leone et en Afrique du Sud. Il souligne au contraire que des pays comme le Kenya, l’Ethiopie et l’Erythrée semblent utiliser l’opportunité de la campagne qui a suivi le 11 septembre pour marginaliser leurs éléments réformistes. « La lutte contre la terreur doit réaffirmer le principe qu’aucun civil ne devrait jamais être tué ou agressé délibérément», insiste M. Roth. « Mais pour de trop nombreux pays, le mot d’ordre contre la terreur a servi de nouveau prétexte pour ignorer les droits humains ».
On en arrive logiquement à la question des détenus terroristes et les commissions militaires envisagées aux Etats-Unis. Vient aussi la polémique actuelle au sujet de la prison spécialement conçue sur la base navale américaine de Guantanamo (Cuba), pour les prisonniers Taliban et membres d’Al-Qaïda. Cette semaine, de nombreuses associations de droits de l’Homme ont exprimé leur inquiétude sur ces 80 prisonniers, non protégés par la Convention de Genève, puisqu’ils ne sont pas considérés comme des prisonniers de guerre par les Etats-Unis. Mary Robinson, Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, a elle aussi fait part, mercredi à Genève, de sa « préoccupation », estimant que ces détenus devraient être considérés comme des prisonniers de guerre, tandis qu’Amnesty International dénonce depuis plusieurs jours leur traitement «dégradant». Réponse du département américain de la défense : ce sont les éléments « les plus durs» d’Al-Qaïda ou des Taliban et ils sont traités «humainement»… Une délégation du Comité International de la Croix Rouge, qui n’a pas l’habitude de rendre public ses observations, a fait le déplacement sur la base jeudi pour inspecter les lieux.

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