La famille de l’accusatrice de DSK vit dans l’incompréhension

La famille de l’accusatrice de DSK vit dans l’incompréhension

Dans une pièce dépouillée, hormis quelques photos de famille et des textes islamiques, l’homme se présentant comme le frère de l’accusatrice de Dominique Strauss-Kahn avoue ne pas avoir dormi ou mangé correctement depuis des jours. «J’ai appris la nouvelle à la radio et honnêtement, je ne sais pas ce qui s’est passé. Je veux parler à ma sœur», déclare à Reuters Mamoudou dans un village familial de la région de Labé, dans le centre de la Guinée. Mamoudou, dont le nom de famille et le nom du village sont tus afin de protéger l’identité de la victime présumée, dit ne pas avoir eu de nouvelles de sa jeune sœur depuis plusieurs années. Mais il n’a aucun doute qu’elle est bien cette jeune veuve guinéenne de 32 ans qui accuse l’ex-directeur général du Fonds monétaire international. Son nom est apparu dans les médias locaux. Le village de Mamoudou est un hameau d’une vingtaine d’habitations perdu dans le massif du Fouta Djalon. Dépourvue d’électricité et d’eau courante, la localité n’est accessible qu’à pied après avoir traversé une épaisse forêt. Quelques outils agricoles épars, quelques vaches témoignent de l’agriculture de subsistance qui permet aux habitants de s’alimenter. «Dans notre famille, les choses matérielles ne comptent pas. Même si vous êtes milliardaire, ça nous est égal. Le plus important pour nous est de suivre la voie de Dieu», souligne Mamoudou. Sur la base de renseignements fournis sur sa cliente par l’avocat new-yorkais Jeffrey Shapiro, Reuters a parlé à des membres de la communauté guinéenne expatriée à New York, ainsi qu’à des habitants de Conakry ayant des liens avec la région de Labé pour retrouver Mamoudou et sa famille. Assis dans le séjour de la maison familiale à côté de son demi-frère Aboubacar, Mamoudou montre la photo accrochée au mur d’une jeune femme vêtue d’une robe traditionnelle africaine, le visage dénué d’expression. Après le décès de son mari, elle a quitté le village parce qu’aucun frère de l’époux n’était assez âgé pour l’épouser, explique-t-il. La tradition voulant qu’une veuve épouse un frère de son mari décédé est courante dans la région. En tant qu’aîné d’une famille de six enfants, c’est à lui qu’est revenu la charge de s’occuper de sa sœur. «Je l’ai alors emmenée à Bambeto (un faubourg de Conakry) pour qu’elle apprenne à coudre», ajoute-t-il. «(Elle) n’a jamais posé de problème à la famille. (…) Elle était la plus calme», dit-il. De Conakry, elle est partie il y a plusieurs années aux Etats-Unis. Son avocat a précisé que sa fille était aujourd’hui âgée de 15 ans. La religion a occupé une large place dans la famille, sous l’autorité d’un père connu comme érudit islamique. Dans ce contexte, c’est l’incompréhension qui domine face à «l’affaire DSK» au cœur de laquelle sa sœur se retrouve impliquée. «Nous avons du mal à comprendre tout ça parce que ce n’est pas quelque chose auquel nous sommes habitués», explique Mamoudou. «Si ma sœur dit ce qu’elle dit, étant donné son éducation, je la crois.»

  Saliou Samb (Reuters)

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