La fin de l’ère Ashkénaze

La fin de l’ère Ashkénaze

Le grand quotidien des intellectuels et de la grande bourgeoisie israélienne, Haaretz, considère que la société d’Israël est arrivée à la «Fin de l’ère des Ashkénazes», c’est-à-dire des originaires de l’Europe de l’Est (Pologne, Russie ou Roumanie), au profit d’un pouvoir «oriental», voire marocain depuis l’élection de Amir Peretz, à la présidence du parti travailliste, Avoda. Le journal populaire, de la classe moyenne et familiale, Yediot Aharonot, avec l’éditorialiste réputé, Nahoum Barnéa, parle tout d’abord du «Sharonisme». Ce mouvement est comparé au «Gaullisme» en France, depuis Charles de Gaulle, général devenu politicien, symbole national français, décédé en 1970. Il a sauvé la France à deux reprises, rappelle l’éditorialiste : Au cours de la Guerre mondiale, en prenant la tête de la France Libre, et au début de l’année 1960, en détachant (en 1962) l’Algérie de la France. Après avoir établi l’ordre et la prospérité, il n’a pas hésité à démissionner, à l’âge de 79 ans, pour mourir un an plus tard. Donc, ceux qui ont poussé Ariel Sharon à créer un nouveau parti politique ont, probablement, tiré leur inspiration de De Gaulle. Après celui-ci, lui ont succédé les «Gaullistes» et après Sharon lui succèderont les «Sharonistes», avec une idéologie dominante portant le même nom.
Trente ans après, le gaullisme est, aujourd’hui, l’UMP, et à son départ du Likoud, Sharon a appelé son parti «Kadima» (En avant) alors que ses proches collaborateurs voulaient le nommer «Le Parti de Sharon». Il en est, en réalité, le tout puissant, mais il est loin d’avoir réalisé un bloc politique avec des aspirants de tous les bords, y compris de celui des travaillistes, en dehors d’un des leurs, avec le ministre Haïm Ramon qui l’a rejoint. En réalité, Sharon étant âgé de 77 ans, son nouveau parti risque de «s’évaporer», dans deux ou trois ans, comme tous les partis centristes créés en Israël. Pour un journaliste analyste de Haaretz, Nehamia Shlaster, à la veille des primaires du parti travailliste pour l’élection d’un président, -Shimon Peres contre Amir Peretz-, Sylvain Shalom est allé jusqu’à déclarer publiquement que la victoire de «Peretz le Marocain» était un défi contre le Likoud (droite). Peretz a intelligemment exploité celle déclaration pour engranger des voix de «Marocains» et d’Orientaux…
Donc, si le parti travailliste a décidé d’élire un Oriental (Sépharade), le Likoud se devait d’élire aussi, un «Tunisien», Sylvain Shalom ou un Iranien Shaül Mofaz (tous deux Orientaux), comme Benyamin Netanyahou (Ashkénaze) !Un ami connu de Netanyahou, Uzi Cohen, est passé chez Sharon en disant : «II nous faut trouver une réponse à la victoire de Peretz. L’élément ethnique va jouer. Il serait préférable que Sylvain Shalom soit à la tête du Likoud. Car, il n’y a aucune chance qu’un Ashkénaze comme Netanyahou batte le  Sépharade-oriental Amir Peretz !» Un autre chef du Likoud, le ministre de l’Agriculture, Moshé Katz, rapporte «le terrain est en ébullition. Les originaires du Maroc, membres du Likoud aiment Amir Peretz et disent «Dialna» !
Donc, dans la campagne électorale qui a déjà commencé, le «diable» ethnique joue un rôle décisif. Sa victime sera l’Ashkénaze Netanyahou, la majorité des électeurs du Likoud étant sépharades et d’origine orientale! Seul Menahem Begin s’imposait comme le père du mouvement de droite du Likoud et, après lui, Ariel Sharon considéré comme un héros de guerre, alors que Netanyahou n’a aucun privilège. «Au contraire, il est celui qui a porté atteinte aux classes défavorisées, et donc l’électorat traditionnel du Likoud veut se différencier de lui…», disent certains.
Pourtant, selon l’analyste Nehamia Shlaster de Haaretz, Netanyahou a sorti l’économie du pays d’un abîme. Il a ramené la croissance et baissé le chômage. Ses restrictions budgétaires ont dégagé des fonds pour aider les pauvres … Mais dans le monde populiste, ces faits n’ont pas d’importance : ce qui compte, c’est l’image aux yeux des pauvres … Certes Shaül Mofaz, ministre de la Défense n’a jamais accepté de transférer de son budget des crédits au profit des Affaires sociales. Sylvain Shalom au ministère des Finances a été le premier, à réduire les allocations sociales. Mais, rappelle l’analyste, ils sont tous deux sépharades et Netanyahou ashkénaze : «A eux c’est permis, à lui c’est interdit».
Donc, au Likoud demeuré un parti de droite, sinon en partie d’extrême droite, l’élection de Shaül Mofaz ou de Sylvain Shalom serait positive. Elle serait seule à achever la révolution entamée chez les travaillistes, «en marquant la fin de l’hégémonie ashkénaze» (Shlaster). Certains pensent que cela pourrait, également, entraîner «la fin de l’ère des généraux», car si le conflit avec les Palestiniens trouve une solution, l’avantage relatif des militaires disparaîtrait. Et l’analyste n’hésite pas à considérer que les militaires et leurs généraux essaient de maintenir «l’influence de la peur sur leurs électeurs».
Il ajoute, encore : «Ils essaient, donc, de faire peur, de semer la panique, de brandir les fusées des Iraniens et de maintenir, toujours, le doigt sur la gâchette».
Malgré la présence du général Ariel Sharon, le grand quotidien israélien, représentant pourtant l’élite ashkénaze du pays écrit : «Un dirigeant civil par contre ne voit pas son interlocuteur d’en face (le Palestinien), le fusil à la main. Et évalue que les chances d’arriver à une solution, seront encore plus grandes. C’est pourquoi il faut espérer que la «révolution» israélienne est derrière la porte, avec, à la fois, la fin de l’ère ashkénaze et des généraux déclarée…»
Il est vrai que le parti travailliste a éliminé ses généraux, tels Ehoud Barak, Matal Vilnaï ou Fouad Ben Eliezer. Il a éliminé le président Shimon Peres, un «ashkénaze» leader politique incontestable. Mais, au-delà du nouveau président travailliste, «le Marocain» Amir Peretz et des chances de Sylvain Shalom, -le Tunisien», de l’emporter sur le général Shaül Mofaz et l’Ashkénaze Netanyahou.
Il reste «un général ashkénaze», chef du nouveau parti, considéré comme modéré : Il a, semble-t-il et selon tous les sondages des trois grands quotidiens israéliens, toutes les chances d’emporter les prochaines élections législatives, prévues le 28 mars 2006. Et garder ses responsabilités de Chef du gouvernement, car il représente, incontestablement, la majorité de l’opinion publique modérée israélienne… Mais que se passera-t-il deux ou trois ans après, lorsque Sharon aura quitté le pouvoir ?

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