La France face à ses extrémistes

Peut-on tolérer ces franges radicales qui gravitent autour des deux partis d’extrême droite que sont le Front national et le Mouvement national républicain ? C’est la question qu’ont posée cette semaine diverses organisations françaises de défense des droits de l’homme et personnalités de gauche. Ce débat avait déjà animé la scène politique et médiatique dans les années 1990 au moment des percées inquiétantes du FN. Passée l’émotion après la tentative d’assassinat de dimanche dernier, la question a donc aujourd’hui resurgi dans les pages des journaux. Pourquoi ? Si la thèse de l’acte isolé est prédominante dans l’enquête, il n’en reste pas moins que «le tireur des Champs-Elysées» était lié à l’une de ces organisations extrémistes, l’Unité radicale.
Ce groupuscule néonazi comme le Groupe Union défense, représente les tendances les plus dures de l’extrême droite, marginales mais organisées. Créé en 1968, le mouvement étudiant GUD s’est donné pour mission de «casser de la racaille gauchiste» sur les campus universitaires, essentiellement celui de Paris II-Assas. Le GUD prône aussi l’inégalité des races et dénonce la «conspiration mondialiste». Aujourd’hui renommé «Union de défense des étudiants d’Assas» (UDEA), ses slogans restent «l’Europe d’abord, blanche toujours» ou «Aimer les immigrés, c’est un vice bourgeois»… Depuis 1998, le GUD a rejoint Unité radicale comme d’autres mouvances néonazies. Si elles jugent les discours de leurs aînés politiques trop modérés, toutes sont fidèles aux défilés du FN et du MNR qui, à chaque violence, tentent tant bien que mal de se démarquer de cette jeunesse incontrôlable.
Lundi dernier, le FN n’a-t-il pas démenti «formellement» tout lien avec «ces militants d’extrême droite» ? Sauf que l’actuel dirigeant du GUD, Guillaume Luyt, est un ex-responsable du Front national de la jeunesse (FNJ). Dans un communiqué du 11 novembre 1999, UR avait, pour sa part, confirmé son «soutien aux partisans de Bruno Mégret», lorsque ce dernier a quitté le FN. D’ailleurs, Maxime Brunerie, le tireur, était lui-même candidat aux municipales de 2001 sur une liste parisienne du MNR… Marginaux, ces groupes n’en restent pas moins organisés en réseaux qui dépassent les frontières géo-politiques.
C’est par le biais d’un site anglais («Sang et Honneur») que Brunerie avait lancé son message : «regardez la télé ce dimanche, je serai la vedette… Mort au ZOG 88». ZOG est l’abréviation de «Zionist Occupation Government» (gouvernement d’occupation sioniste) et 88 fait référence à «HH» (8ème lettre de l’alphabet) : «Heil Hitler». Ce jargon néonazi permet à ces groupes de véhiculer leur propagande et d’alimenter leur haine. Brunerie, visiblement féru d’internet, était aussi membre du site «Section 3B» (pour Bière, Baise, Baston), un groupuscule actif dans les tribunes du PSG. Pourchassés en Europe, ces réseaux ont trouvé aux Etats-Unis – au nom de la liberté d’expression- où ils se développent en tout impunité. En Allemagne, l’Office de protection de la Constitution (renseignements intérieurs) dénombrait ainsi pas moins 1.300 sites néo-nazis fin 2001. «Il faut une lutte impitoyable qui passe forcément par la dissolution de ce type d’organisation», a réclamé cette semaine Manuel Valls, député PS de l’Essonne, suivi par le leader socialiste François Hollande. Le parti communiste a aussi souhaité «que soit mis un terme aux agissements de groupes dont l’action menace nos lois et valeurs démocratiques».
Cette dissolution de «groupuscules racistes et xénophobes» a enfin été réclamée par la LICRA, le Cercle Marc Bloch et le MRAP. Ce dernier a souligné que l’attaque du 14 juillet ne saurait être «dissociée des exactions» qui «ont coûté la vie à Brahim Bouarram, Ibrahim Ali, Imam Bouhoud, assassinés par des militants d’extrême droite» dans les années 90. Et d’ajouter : «puisse la tentative d’attentat contre le président de la République ouvrir les yeux de ces six millions de français qui ont voté pour un parti dont le discours et l’idéologie représentent une grave menace pour la démocratie»…

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