La France tente de se rapprocher de la Syrie

L’information fit beaucoup de bruit. Pendant un moment, les fils des agences en haletaient de frénésie. Tous les ingrédients d’un respectable Breaking news régional étaient réunis. Le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, venait de rencontrer son homologue syrien Walid Al Moallem en marge d’une rencontre international, sur l’Irak au Koweït.
Le Français et le Syrien avaient toutes les raisons de susciter l’intérêt. Il s’agissait du premier contact à ce niveau entre le deux pays depuis que Nicolas Sarkozy avait adressé, depuis le Caire, une virile menace à Damas le 30 décembre dernier de suspendre le dialogue avec la Syrie «aussi longtemps qu’il n’y aurait pas des actes qui concrétiseraient la volonté supposée de la Syrie de jouer un rôle positif».
C’est que la  France met sur le dos du régime de Bachar El Assad une double responsabilité : un soupçon accru de procéder au pays du cèdre à des assassinats de personnalités politiques et médiatiques à commencer par celui du plus célèbre d’entre eux, l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri et une volonté entêtée d’empêcher par tous les moyens l’élection d’un président de la république libanaise qui ne soit en complète odeur de sainteté à Damas.
Depuis la diplomatie française, après un sérieux cafouillage entre le Quai d’Orsay et l’Elysée, avait fait de liquidation de ce passif une condition sine qua non pour reprendre un dialogue politique au niveau de la relation historique qui a toujours lié les Français aux Syriens.  C’est dans ce contexte qu’il faut saisir l’excitation qui avait entouré   l’annonce d’une rencontre entre les chefs de diplomatie des deux pays. A voir la manière avec laquelle Bernard Kouchner avait tenté de justifier cette rencontre, tout indiquait qu’elle souffrait d’un manque de préparation et d’improvisation certaine. Bernard Kouchner en était réduit à enfoncer des portes ouvertes et à prononcer des évidences : «Il est normal que je rencontre le ministre des Affaires étrangères syrien, comme je l’ai fait souvent (…) Je pense qu’elle  (la Syrie) veut une solution, mais pas la sorte de solution que la majorité des Libanais voudraient».
Ces circonvolutions de Bernard Kouchner seront étrangement mises en perspective à la lumière de la volée de bois vert lancée depuis Paris à l’occasion de la visite du président égyptien Hosni Moubarak. L’influent conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy donne dans le désaveu cinglant sur un ton sans équivoque : la rencontre  entre les ministres français et syrien des Affaires étrangères au Koweït ne constitue pas une reprise du dialogue entre Paris et Damas. Jean David Levitte dont l’humour pince sans rire des diplomates aguerris pour justifier cette rencontre : «Naturellement, les dirigeants français sont courtois (…) Il se trouvait que Bernard Kouchner était présent au Koweït (…) et il y a eu une courte rencontre entre le ministre français et le ministre syrien des Affaires étrangères. Mais notre position n’a pas changé». Cette explication donne encore plus l’impression que la rencontre est le fruit d’une initiative individuelle de Bernard Kouchner, sans concertation ni feu vert de Paris.
La crise libanaise et son pendant syrien ont été l’un des dossiers les plus brûlants sur lequel les centres de la décision diplomatique française, sous l’ère de Sarkozy, se sont ouvertement  déchirés. Bernard Kouchner s’était épanché auprès de la presse américaine d’être tenu à l’écart de la gestion de cette crise alors que le président Nicolas Sarkozy dépêchait en douce  Claude Guéant et Jean-David Levitte dans une ultime tentative de convaincre et de séduire Bachar El Assad. Ce fut bien avant que  le président de la république ne prononce son oracle égyptien à l’encontre de Damas. L’intérêt de cet épisode koweïtien, avec l’initiative de Bernard Kouchner et le désaveu de Jean-David Levitte, est qu’il est susceptible d’accentuer les contradictions au sein de la machine à fabriquer les messages diplomatiques français. Il trahit par ailleurs un manque évident de communication et de concertation. Le tout participe à rendre moins audible et moins lisible l’approche française d’un certain nombre de conflits brulants à un moment où la France, en la personne de Nicolas Sarkozy, ne rate pas d’occasions de  s’enorgueillir de jouer sa partition singulière.

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