La fronde se durcit contre Nicolas Sarkozy

La fronde se durcit contre Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy est devenu une vraie dynamite politique ambulante. Chaque sujet qu’il touche, les polémiques jaillissent de partout. A chaque prise de position sur un sujet donné, les blocages et les reniements sont de rigueur. Au point où les interrogations se multiplient sur la viabilité du style Sarkozy, sur la cohérence de sa démarche.  De la suppression de la publicité de la télévision publique, passant par ce qui est apparu aux yeux de beaucoup comme un questionnement de la laïcité à la française jusqu’au traitement pédagogique de la Shoah par l’obligation faite aux enfants de France de parrainer annuellement un enfant juif victime du génocide allemand. Par ses déclarations à l’emporte-pièce, hâtives et tranchées, le Nicolas Sarkozy de ces dernières semaines donne le tournis à ses fidèles et le vertige à ses détracteurs.  Dès qu’un micro se tend, dès qu’une caméra s’allume, Nicolas Sarkozy fait feu de tout bois, se sent obligé de faire une annonce, ou pour faire plaisir à ses interlocuteurs ou pour s’accaparer les grands titres de l’actualité, déclenchant un véritable feu d’artifice quotidien. Les effets d’annonce se bousculent dans un embouteillage touffu qui annule la lisibilité du discours et suscitent de grandes inquiétudes.
Le malheur de Nicolas Sarkozy est que non seulement sa gouvernance est durement sanctionnée par les sondages mais que des oppositions aussi diverses et aussi contradictoires commencent à se liguer contre lui. La dernière alerte a été portée par l’hebdomadaire «Marianne» qui a publié samedi dernier «L’appel du 14 février» signé par de nombreuses personnalités dont Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique De Villepin. Les signataires chargent, sans le nommer, Nicolas Sarkozy, en réaffirmant leur attachement «au principe républicain et en conséquence leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective». Avec une insistance particulière sur les «fondamentaux d’une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile  et de l’indépendance de la presse».  L’appel fait un grand bruit par la qualité et la trajectoire des signataires. Il est vrai que Royal, Bayrou et De Villepin se retrouvaient régulièrement dans leurs analyses réquisitoires de l’action de Nicolas Sarkozy, mais de là à se retrouver réunis sur un texte qui interpelle ouvertement la pratique républicaine du nouveau pouvoir, il y a un gigantesque fossé qui a été largement rétréci. Le chiraquien Dominique de Villepin, englué dans la célèbre affaire Clearstream  qui l’oppose à Nicolas Sarkozy, cherche à expliquer ce nouvel engagement qui implique de nouvelles amitiés et de nouvelles solidarités : «Cet appel est pour moi une démarche de conviction et non une démarche d’opposition. J’ai toujours défendu la nécessité d’une vigilance républicaine». La défense de Nicolas Sarkozy a  été dramatisée à la hauteur de la gravité de l’événement. François Fillon, le Premier ministre, dénonce «une chasse au président» par une gauche « démagogique », tandis que le porte-parole de l’UMP  Yves Jégo constate que «c’est la première fois que l’on veut abattre avec tant de force un président de la République alors qu’il n’y a pas de crise politique et sociale, ni même de grèves massives». Mais le plus grand revers que vit aujourd’hui Nicolas Sarkozy lui est venu de la part de l’une de ses plus précieux soutiens politiques. Il s’agit  de Simone Veil, figure emblématique de la vie politique française, qui l’avait aidé lors de la campagne des présidentielles à décrédibiliser François Bayrou. Alors que Nicolas Sarkozy croyait bien faire en annonçant lors du dîner du CRIF vouloir  parrainer la mémoire de l’un des 11.500 enfants juifs de France victimes de la Shoah, par des élèves de CM2 à partir de la rentrée 2008, Simone Veil  qui préside la «Fondation pour la mémoire de la Shoah s’est violement opposée au projet. Elle le juge «inimaginable, insoutenable et injuste  (…) A la seconde, mon sang s’est glacé (…) Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter (pour un enfant), et risque en outre d’attiser les antagonismes religieux». Avec tous ces revers, l’impression est installée aujourd’hui que le président Sarkozy est en train de perdre la main. La magie qui a vu son ascension vers les cimes du pouvoir semble laisser la place à l’improvisation et au désarroi.

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