La libération d’Ingrid Betancourt exploitée par Nicolas Sarkozy

Si le président Nicolas Sarkozy avait le choix d’écrire le scénario de l’annonce et de la libération d’Ingrid Betancourt, il ne l’aurait certainement, en bon professionnel de la communication politique, orchestré de cette manière. Absent de l’Elysée au moment de ce Breaking news, tant attendu, Nicolas Sarkozy s’est hâté de mettre sur pied une conférence de presse improvisée, tellement improvisée que l’Elysée s’est abstenu de la diffuser en direct de crainte de ne pas en maîtriser le contenu. Ces petits détails d’intendance n’ont pas réussi à brouiller l’immense émotion qui avait saisi l’ensemble de la classe politique amplifiée par les nombreuses émissions spéciales que les télévisons françaises avaient mise à l’antenne pour célébrer l’événement.
Si la plupart des commentateurs ont reconnu que cette libération est le fruit d’une opération spéciale et rocambolesque de l’armée colombienne, tous ont reconnu le rôle extrêmement précieux joué par le président Nicolas Sarkozy pour proposer une médiation et éventuellement exercer une pression diplomatique sur la Colombie.
Nicolas Sarkozy avait débuté son quinquennat par un énorme coup d’éclat : il avait réussi, en compagnie de son ex-épouse Cecilia Sarkozy, à convaincre le régime libyen de relâcher les infirmières bulgares et le médecin palestinien. Et depuis cette période euphorique, le président français s’était engagé à tout mettre en œuvre pour obtenir la libération d’Ingrid Betancourt. Les nombreuses rencontres à tous les niveaux avec les dirigeants de cette région et les nombreux appels lancés depuis Paris en direction des ravisseurs ont alimenté la pression et maintenu vivant l’intérêt dans cette libération.
C’est ce que la secrétaire d’Etat Rama Yade a résumé : «La première leçon que je tire de cette libération, c’est que la pression internationale, ça marche (…) Pour les otages, comme plus généralement pour les défenseurs des droits de l’Homme dans le monde victimes de pratiques barbares, la meilleure défense c’est la pression internationale, c’est la lutte contre l’oubli».
Même s’il n’en a pas maîtrisé l’agenda et le scénario, la libération d’Ingrid Betancourt tombe très bien pour Nicolas Sarkozy. Les derniers sondages montrent une érosion têtue de sa courbe. Selon le baromètre TNS Sofres pour le Figaro, il perd quatre points et descend à 33% d’opinions favorables se rapprochant de son plus bas niveau atteint en mai dernier avec 32%. Il est vrai que ce sondage avait été réalisé sans prendre en compte tous les bénéfices politiques et médiatiques que Nicolas Sarkozy pourrait engranger, entouré des enfants d’Ingrid Betancourt, subissant leurs assauts de reconnaissance et gratitude. Ingrid Betancourt, elle-même et dès les premiers moments de sa libération, s’adresse directement au président français : «Je veux (…) dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi, avec ma famille, mes enfants, avec maman, ma sœur». Les impacts de cette libération sur la scène politique française seront vivement scrutés par Nicolas Sarkozy. Il est vrai que le président français se trouve en ce moment dans le goulot avec deux grandes crises ouvertes. La première avec la hiérarchie de l’institution militaire depuis la publication du Livre blanc sur l’armée et l’effrayante fusillade de Carcassonne dans laquelle un soldat avait utilisé des balles réelles au lieu des balles à blanc destinées aux exercices en milieu urbain, ce qui avait provoqué la démission du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Bruno Cuche. La seconde crise couve à France Télévision qui voit son financement partir en fumée à cause de la décision de Nicolas Sarkozy de supprimer la publicité sur le service public. La patron de France télévision, Patrick de Carolis, menace ouvertement de démissionner si le financement des entreprises n’est pas assuré.
Sentant la direction du vent et la tournure des événements et en prévision du grand rassemblement parisien qui doit fêter la libération d’Ingrid Betancourt, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, un des grands espoirs des socialistes, prévient : «Je ne veux aucune récupération politique, je ne veux pas de spectacle, je veux de la joie, de la sincérité, de la pureté, de la sobriété».

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