La République de demain

Tunis. Place 7 novembre. Tout est édifiant dans cet important carrefour du centre ville de la capitale de la Tunisie. Édifiante en matière architectural, est la stalle commémorative bien arrosée par les multiples jets d’eau de la fontaine qui l’entoure. Édifiant par le poids de l’histoire qu’incarne cette intersection du passé, du présent et du futur.
Dans ce point culminant convergent, en effet, deux boulevards qui portent des noms prestigieux de la lutte pour l’indépendance maghrébine: Le leader africain Mohammed V et le leader Habib Bourguiba. Tout un symbole d’un passé commun hissé par le présent de la place 7 novembre qui consacre l’arrivée au pouvoir du président Zine El Abidine Ben Ali.
Juste à coté de ce patrimoine d’une histoire commune se dresse l’avenir de la Tunisie moderne avec des banderoles qui annoncent la tenue du référendum pour la reforme constitutionnelle prévue le dimanche 26 mai. Une première pour ce pays frère qui engage le peuple tunisien dans une procédure référendaire jamais organisée. La démocratie tunisienne est en marche avec cette spécificité de l’engager avec prudence sur les rails d’une reforme progressive synchronisée avec le progrès économique. C’est d’ailleurs le propre de nos amis tunisiens de cultiver un jeu tempéré aussi bien dans la politique; dans la diplomatie que dans la gestion économique. Ce qui n’est pas une tare; bien au contraire car on ne bâtit pas un édifice républicain d’un jour à l’autre. Le président Ben Ali en est d’ailleurs convaincu comme la plupart de ces citoyens que cette réforme n’est qu’un jalon d’une longue marche démocratique: «Il s’agit d’une réforme fondamentale et d’une étape nouvelle qui prépare d’autres étapes; au moyen de laquele; nous préparons la république de demain.» Il faut convenir que cette approche de l’évolution politique est tout à fait pertinente et appropriée. Comme nous l’a si bien un journaliste de la place; l’instauration de la démocratie ne se fait pas avec une thérapie de choc mais avec un traitement à long terme. Encore faut-il, ajoute notre confrère; que le terrain soit balisé sur le plan économique et social pour assurer en premier lieu le bien-être des Tunisiens. Cette vision est corroborée par plusieurs hommes politiques; intellectuels et autres économistes. L’approche tunisienne en matière des droits de l’homme est ainsi définie: les droits civiques et politiques ne sauraient se stabiliser en l’absence du minimum requis en besoins économiques, sociaux et culturels du citoyen.
Le directeur de l’institut tunisien d’études stratégiques, Zouheir M’Dhaffar, a le mieux résumé cette vision d’avenir du régime politique tunisien: «La république de demain se veut une réponse à l’évolution de la société tunisienne de manière à synchroniser le développement politique avec le développement économique». Il est vrai que cette approche ne souffre d’aucun doute même dans les pays les plus développés. Et il a raison aussi ce journaliste qui nous a dit que l’on ne peut pas assurer la démocratie quand le citoyen n’a pas de logement, ni de travail, ni de couverture sociale. Les Tunisiens connaissent leur priorité mais cela ne les empêche pas d’être tout aussi avides de faire avance leur régime vers plus d’ouverture et de démocratie. C’est ce qui explique d’ailleurs les multiples débats suscités par cette reforme aussi bien du Parlement que chez l’apposition extraparlementaire.
Cette réforme qui amende plus de la moitié des articles de la constitution a été revisitée à de multiples reprises par les députés. Elle va permette la réeligibilité du président de la république avec la pluralité de candidature. Sur le plan législatif, elle avalisera la constitutionnalisation des questions écrites et orales; l’assoupissement du système de la motion de censure et l’institution du bicaméralisme parlementaire. Le rôle du Conseil constitutionnel sera élargi au contrôle des opérations électorales présidentielles, législatives et référendaires. Apparemment cette réforme ne suscite pas beaucoup d’opposition car même les partis d’opposition y adhèrent en émettant toutefois quelques réserves.
D’autres partis sont plus catégoriques et mènent une campagne électorale qui prône de voter contre la réforme. Le débat est assez ouvert mais la majorité des Tunisiens est convaincue que cette révision constitutionnelle ouvre la porte à une autre république: celle de demain.

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