La victoire au forceps de Martine Aubry au PS

La victoire au forceps de Martine Aubry au PS

En matière de suspense et de rebondissements, les socialistes français auront tenu toutes leurs promesses. Avec un zèle et une voracité dévorante, ils ont squatté le théâtre de l’actualité depuis une semaine sans discontinuer au point de reléguer les autres titres au rang de figuration. Sur le fronton des grands titres de la presse , le PS, sa guerre intestine, ses tentations suicidaires, ses sanglants règlements de compte, les coups bas de ses flibustiers, ses opérations de vote à couteaux tirés… Rien n’aura été épargné… comme s’il s’agissait d’un fidèle scénario écrit à l’avance.
Le renouvellement du leadership du PS était certes une affaire importante mais peu de gens se doutaient qu’elle allait configurer, à ce point, les champs politiques français. La nuit des longs couteaux fut suivie d’une vraie gueule de bois avec des perspectives inédites de rupture. Au bout d’une interminable bataille, Martine Aubry s’est imposée de quelques millimètres dans la ligne d’arrivée laissant derrière elle Ségolène Royal écumant de rage et de désespoir.
La logique de l’appareil a fini donc par triompher sur la logique de l’opinion, rappelant par la même occasion des exemples célèbres d’expériences électorales où le vainqueur de la nuit n’est pas forcément le victorieux de l’aube. La référence est faite ici à l’exemple de la Floride quand, en l’an 2000, Al Gore et Georges Bush se disputaient en zigzagant jusqu’à la dernière minute la Maison-Blanche, ou quand, en février 2001 Israël s’est couché avec la victoire d’Ehud Barak avant de se réveiller le matin avec le triomphe d’Ariel Sharon.
La comparaison, quoique quelque peu excessive, produit le même sentiment de surprise et de va-et-vient entre deux candidates qui se voyaient déjà sur le trône de leur parti. Première réaction épidermique : Ségolène Royal refusait de reconnaître sa défaite et exige un troisième tour. Les déclarations de ses proches révélaient l’ampleur du désarroi au point où certains lancent des appels à prendre le maquis comme l’a fait Manuel Valls pour qui : «il n’y a pas de victoire de Martine Aubry (…) J’appelle à une révolte des militants (…) Nous sommes très déterminés à ne pas nous laisser voler cette victoire. Nous utiliserons tous les moyens politiques, juridiques et judiciaires pour contester cette victoire».
Ségolène Royal avait toutes les raisons d’exprimer sa déception avec autant d’amertume. N’a-t-elle pas, à deux reprises, réalisé des performances qui lui ont procuré la brusque légitimité de rêver et d’espérer, la première le 6 novembre lorsque sa motion est arrivée en tête et la seconde lorsque les militants lui ont offert la première place lors du premier tour de ce scrutin.
Devant des réactions aussi violentes, les voix se sont élevées pour appeler au calme et à le «zénetude» comme dirait Ségolène Royal dans une autre vie. D’abord François Hollande qui demande «à chacune des candidates de faire preuve de sang-froid» et Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS qui appelle à «arrêter cette course infernale à l’affrontement et à la division».
L’adversaire du PS, l’UMP n’a pas raté l’occasion de se gausser des malheurs des socialistes. Dominique Paillé, un de ses porte-parole, ironise : «Je salue le talent d’autodestruction du PS» Alors que son collègue Frédéric Lefebvre : «ce parti qui a décidé de ne pas choisir a implosé! Il vient de désigner, de justesse, une Première secrétaire minoritaire déjà contestée sur qui pèse le soupçon de la fraude!» La majorité des commentateurs avaient pointé, au lendemain de cette élection au forceps de Martine Aubry, les risques d’explosion et de divisions qui guettent le PS. Comment la maire de Lille, la fille de Jacques Delors, la dame des 35h, allait-elle gérer des équipes qui ont déterré la hache de guerre et se regardent en chiens de faïence ?
Dès ses premiers mots de première secrétaire, Martine Aubry a tenté de mobiliser sur un discours de combat contre ce qu’elle considère être le véritable adversaire : «Nous aurons tous perdus si nous ne sommes pas capables de nous rassembler très vite, et nous aurons tous gagné si nous faisons barrage à la droite, à la politique actuelle du président de la République».

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