L’Algérie dans la confusion

Abdelaziz Bouteflika s’était pourtant engagé jeudi dernier à réunir «toutes les conditions objectives» pour le succès des élections législatives du 30 mai. Dans un discours devant les 48 walis réunis à Alger, le président algérien a insisté : «je veillerai à ce que toutes les conditions juridiques, organisationnelles, matérielles, médiatiques, sécuritaires et politiques soient offertes aux électeurs et aux élus». Qualifiant la fraude électorale de «vil fléau qui a anéanti la confiance entre les individus», il a appelé les Algériens à participer massivement au scrutin. Faisant allusion aux boycotteurs, M. Bouteflika a enfin relevé que «s’il est du droit de tout citoyen ou groupe de choisir entre l’accomplissement de leur devoir électoral ou de s’abstenir, personne, par contre, n’a le droit de lui imposer sa volonté en l’empêchant d’exercer son droit constitutionnel». Un discours-avertissement qui n’a nullement convaincu les contestataires. Les délégués Aârouch ont encore réitéré vendredi leur refus de se rendre aux urnes : «la Kabylie ne votera pas».
Les deux grands partis «anti-vote» – le FFS et le RCD – ont également qualifié le discours du chef de l’Etat « d’irresponsable». Et à cet extrême climat de tension politique et sociale, ce sont encore ajoutées ce week-end de nouvelles violences. En Kabylie tout d’abord, 26 islamistes ont été abattus par l’armée à l’issue d’un ratissage. Au cours de l’opération contre le Groupe Salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), dans la forêt de Sid Ali Bounab, en Grande Kabylie (100km à l’est d’Alger), 8 militaires ont aussi été tués. L’armée algérienne a fait usage d’armes lourdes pour pilonner un tunnel de 100 mètres où étaient retranchés 80 islamistes armés. Elle a aussi détruit six casemates et deux camps d’entraînement du GSPC d’Hassan Hattab. Dimanche, les journaux rapportaient également une autre attaque, une embuscade menée par un groupe armé contre des militaires en patrouille dans la région d’Issoudam. «Deux réservistes de l’ANP» ont été tués et un «capitaine grièvement blessé», précise Le Matin. Dans leur fuite, les islamistes ont cependant été repérés, et deux d’entre eux abattus, dont un «émir» Harfouch Djamel, qui sévissait dans le secteur de Boumerdès.
Au milieu de cette confusion, l’Algérie a enfin connu samedi son troisième incendie de prison. Si pour l’instant aucune mort n’est rapportée, le dernier bilan fait état de 25 blessés parmi les détenus et de 4 autres parmi les gardiens. Un prisonnier du centre pénitentiaire d’El Harrach, dans la banlieue d’Alger, a mis le feu à son matelas samedi, officiellement «à la suite d’une dispute avec un co-détenu». Un premier incendie similaire avait déjà fait 22 victimes dans la prison de Chelghoum El Aid (300 km à l’est d’Alger) il y a cinq semaines.
Le second avait entraîné la mort de 19 détenus – et six autres blessés – le 30 avril dernier à la prison centrale Serkadji d’Alger. Dimanche, le ministre de la Justice Ahmed Ouhayia a imputé la recrudescence de ces incidents à un phénomène de «contagion». Des défenseurs des droits de l’Homme ont pour leur part estimé que les conditions de détention des prisonniers, entassés dans des établissements surpeuplés, étaient la principale cause de ces drames. Les prisons algériennes comptent 42.000 détenus. Sur les 145 recensés, près d’une centaine de ces établissements pénitentiaires datent de plus d’un siècle.

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