L’Algérie face à sa révolution trahie

Pourquoi avec des sommes colossales d’argent, des puits de pétrole inépuisables et un passé historique prestigieux, l’Algérie n’arrive toujours pas, après quarante années d’indépendance, à surmonter les difficultés des pays sous-développés. Car, en dépit des bilans largement «positifs» avancés par la junte militaire qui gouverne le pays, la population algérienne n’a pas été attirée par la commémoration du 40ème anniversaire de l’indépendance .
En 1962, l’Algérie venait d’acquérir son indépendance. Sa population se situait autour de 11 millions d’habitants avec un taux de chômage très élevé et des dégâts qui dépasse l’entendement : plus d’un million de victimes, 8 000 villages et hameaux détruits ou incendiés, 400 000 détenus libérés des camps, 300 000 réfugiés au Maroc et en Tunisie s’en retournant au pays et 400 000 personnes déplacées des campagnes vers les villes.
Le nouvel Etat, rapporte des sources de ce pays, s’est retrouvé avec seulement 300 millions de centimes pour faire face aux besoins du pays. Les caisses de l’Etat étaient vides.
Le taux d’analphabétisme était d’environ 80 %. Seuls 30 % des enfants étaient scolarisés. C’est grâce aux 350 000 tonnes de denrées alimentaires envoyées par les Etats-Unis, distribuées par le FLN, durant les mois qui ont précédé l’Indépendance, qui ont évité une famine à la population Grace à la rente pétrolière, en quarante ans, le nombre de collèges a été multiplié par 40, celui des lycées par plus de 100 et celui des universités par plus de 30. Le nombre d’étudiants est passé de 1 300 en 1962 à près de 300 000 aujourd’hui. Mais sur le plan politique et social, le pays est passé d’un colonialisme étranger à un colonialisme de classe. Beaucoup plus féroce que celui d’antan. Car, au moins, dans le passé, les choses étaient claires et la confrontation ne ratait pas d’adversaires. Qu’a-t-elle fait l’Algérie de son indépendance ? De sa richesse pétrolière et de ses ressources humaines ?
De l’intérieur de ce pays, l’on confirme, avec angoisse et désolation nostalgique, que cette indépendance, chèrement payée a été confisquée par un système militaire qui n’a de souci que d’apprivoiser le politique et le champ de l’action sociale en les rendant à la merci de ses ambitions et de ses convoitises. Après l’euphorie des deux première décennies d’euphorie et de gloire diplomatique, constamment renforcée par l’or noir, le pays qui s’endormait dans le confort du prestige historique et de la richesse, se réveilla, au début des années quatre-vingt sur une série d ‘émeutes et de mouvements de contestations qui allaient remuer le pays de fond en comble. L’arrêt du processus démocratique amorcé après les événements d’octobre 1988 porta le coup de grâce au discours euphorique et salvateur de la junte militaire.
Alors que le FIS dominait 65% des communes, et remportait 188 sièges sur 430 ,contre 25 sièges pour le Front des forces démocratiques de Houcine Aït Ahmed avait, et 15 sièges pour le Front de libération national . A lui seul, le FIS a eu 3.200.000 voix contre 1.700.000 pour le FLN et 510.000 en faveur du FFD, qui se trouvait, malgré tout , en seconde position après «les frères» de Abbas Madani et Ali Belhaj. Peu après ce scandale politique qui met à nu le pouvoir du FLN et faute de légitimité sociale, Chadli Benjeddid démissionne, laissant l’armée face à la rébellion, au malaise social et au blocage politique.
L’erreur fatale des années de braise, commise en 1948, à travers la falsification des premières élections algériennes, fut répétées, mais dans des conditions plus graves que par le passé. Depuis le 26 décembre 1991, le pays verse dans le sang. Le nombre des victimes de cette nouvelle guerre d’épuration technique va dépasser les 100.000.

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