L’Algérie flambe

Quinze militaires sont morts dimanche après que leur patrouille soit tombée dans un piège tendu par un groupe islamiste armé. Les faits se sont déroulés dans la forêt de Mizrana, près de Tizi-Ouzou en Kabylie (110 km à l’Est d’Alger), un secteur où l’armée effectue depuis trois semaines une opération de ratissage de grande ampleur. Alors qu’ils avaient annoncé samedi l’élimination de 26 islamistes armés, les militaires ont cette fois-ci fait les frais d’un nouvel attentat.
La presse algérienne précisait même lundi que le convoi avait été piégé en début d’après-midi dimanche, entre les localités de Mazer et Tala-Mimoum, deux villes côtières de Kabylie bordées par le massif montagneux de Mizrana. Les assaillants, une cinquantaine, étaient vraisemblablement des membres du Groupe salafiste pour la prédication et le combat. Le Matin a rapporté qu’il s’agissait du groupe du « sinistre émir Sadaoui, alias Abou Yahia, un des lieutenants du chef du GSPC Hassan Hattab ». Ils ont utilisé des engins explosifs pour stopper le convoi avant de leur tirer dessus à l’arme automatique, et de se replier vers les maquis de Mizrana. Ils auraient également enlevés sept soldats, information non encore confirmée par les autorités lundi matin, pas plus que l’attaque d’ailleurs. Malgré les grandes offensives menées actuellement par l’armée, le GSPC et l’autre grand groupe armé, le GIA de Rachid Abou Tourab, continuent donc, tout en étant rivaux, de mener leurs exactions, de tuer et de semer la terreur au sein d’une population désoeuvrée et écoeurée.
Le Groupe islamique armé avait notamment tué 21 militaires le 2 avril dernier lors d’une embuscade dans la région de Saïda (430 km à l’ouest d’Alger). Depuis le début de ce mois de mai, près de 90 personnes ont été tuées en Algérie, entre attaques terroristes et représailles militaires. A cela s’ajoute le phénomène d’incendies de prison dont le quatrième cas est survenu dimanche, dans une prison de Constantine, dans l’Est. Deux mutineries ont en fait éclaté dans cette wilaya. La première, dans la prison d’El Khroub, s’est terminée sans incident tandis que le bilan provisoire de la seconde fait état de 48 blessés.
Le Matin notait ce lundi que « la contagion du feu s’empare des prisons ». Après Serkadji, où le bilan vient de s’alourdir avec 23 victimes, et la prison d’El Harrach, où un incendie s’est déclaré samedi, faisant 18 blessés, dont 7 graves, « l’alarme a été donnée en fin de journée (dimanche) dans la nouvelle prison civile de Constantine en proie aux flammes ». Cette prison, soulignait la presse, n’avait même pas encore été officiellement inaugurée. Selon Le Matin, elle « comprend 431 détenus, dont 56 récemment transférés de Serkadji, Chelghoum Laïd et Sétif ». Les motifs de ce que le ministre de la Justice avait défini comme une « contagion » relèveraient de trois revendications. Les prisonniers « dénoncent le recours systématique à la détention préventive, le non-usage de la liberté provisoire et la lenteur dans le traitement des dossiers ».
Lors d’une conférence de presse, le garde des sceaux algérien, Ahmed Ouyahia, a pour sa part tenté d’expliquer dimanche soir ce phénomène : «La vie n’est pas heureuse, il y a trop de misère, du chômage, il n’y a pas de logement. Je pense que nous assistons à une autre réaction de mécontentement identique aux émeutes qui se propagent d’une commune à l’autre, d’une wilaya à l’autre à travers le pays. Le surpeuplement dans les prisons algériennes n’est pas nouveau. Le problème existe, c’est une réalité, et nous travaillons pour qu’il soit réglé mais, je vous le redis, cela n’explique pas qu’on veuille attenter à sa vie ».

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