L’alternative à la guerre s’organise

La fracture entre les Etats-Unis et les partisans d’une solution pacifique à la crise irakienne à travers le renforcement du rôle de l’ONU ne cesse de s’amplifier, alors qu’à Bagdad, les inspecteurs en désarmement obtiennent une meilleure coopération de l’Irak.
Français, Allemands, Russes et Belges, opposés à la guerre, coordonnent leurs actions pour apporter une alternative à la guerre : « La Russie ne voudrait pas régler son compte à Saddam Hussein et une action unilatérale serait une grande erreur », a réaffirmé à Paris Vladimir Poutine.
Le chef de la diplomatie belge, M. Louis Michel et son homologue français,Dominique de Villepin avaient tenu une téléconférence hier et décidé de maintenir leur veto. À Athènes, la présidence grecque de l’Union européenne a proposé hier lundi un sommet de l’Union européenne ainsi qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères du bloc sur la crise irakienne pour la semaine prochaine, soit en Grèce, soit en Belgique « afin d’étudier les initiatives européennes et le rapport des chefs des inspecteurs de l’ONU ».
Ces derniers affichent un optimisme prudent, après un séjour de deux jours à Bagdad qui a permis des «progrès notables» et favorisé une « prise en compte plus sérieuse des problèmes en suspens ». « Nous commençons à voir un changement d’attitude» des autorités irakiennes, a indiqué Mohamed Elbaradeï.
Les Irakiens, a précisé de son côté Hans Blix, ont fourni des documents sur le bacille du charbon et sur les missiles. Ils se sont également engagés à répondre d’ici vendredi à la question du survol de leur territoire par des avions-espions et ont créé une commission pour rechercher tous les documents concernant les armes prohibées. Il s’est dit toutefois insatisfait du contenu de la liste de scientifiques irakiens remise pour qu’ils soient interrogés.
Les deux chefs des inspecteurs onusiens vont faire un rapport vendredi au Conseil de sécurité. « Le 14 février n’est pas la fin du monde et il y aura d’autres rapports », a assuré un haut responsable irakien. Plusieurs pays européens se sont félicités de cette évolution, alors que les Etats-Unis multiplient les déploiements militaires dans le Golfe. Pour George Bush, la crise irakienne met l’ONU face à un « moment de vérité ». « L’ONU doit décider sous peu si oui ou non elle va se montrer à la hauteur pour maintenir la paix, si oui ou non ses mots ont un sens », a ajouté le Président américain pour qui le blocage sur la question irakienne au niveau de l’OTAN. Il a jugé que “la position de la France, l’Allemagne et la Belgique était inexcusable”.
À ce sujet, ces pays ont opposé hier à l’OTAN leur veto aux demandes américaines de soutien en cas de conflit en Irak, en déclarant leur désaccord. Suite à ce veto, les ambassadeurs de l’OTAN devaient tenir une réunion de crise à Bruxelles.
«Ces pays viennent de rompre le silence», a déclaré un responsable de l’Alliance atlantique en référence à la procédure dite de «silence » mise en branle pour forcer une décision des alliés sur les requêtes des Etats-Unis. L’Allemagne s’est finalement jointe au veto Français et Belge. La procédure du silence implique que les membres de l’OTAN notifient par lettre leur opposition à une décision, faute de quoi celle-ci est automatiquement considérée comme acceptée.
L’Administration Bush a continué à dénoncer hier le veto de la France, l’Allemagne et la Belgique qui refusent de suivre Washington dans sa logique de guerre pour laisser sa chance à la paix et au rôle des Nations unies.
Le président de la Commission européenne verse dans la même logique en apportant son soutien au plan franco-allemand de règlement de la crise irakienne. « Nous assistons à la constitution d’un front qui va dans la juste direction, celle d’éviter la guerre », a-t-il notamment déclaré. Il s’est également inquiété « des conséquences imprévisibles d’un éventuel conflit », une préoccupation que partage l’opinion publique internationale dans sa majorité.
Un sommet sur l’Irak a réuni en Egypte le Président Hosni Moubarak et ses homologues syrien et libyen qui ont estimé qu’il faudrait donner plus de temps aux inspecteurs en désarmement de l’ONU et jugé que les Arabes n’ont pas les capacités de prévenir le conflit.
Plus près de nous, les Etats-Unis et l’Espagne ont convenu de protéger les cargos américains transportant du matériel militaire qui transitent par le Détroit de Gibraltar susceptibles d’être l’objet d’attaques terroristes. Cet accord prévoit l’utilisation d’un système de surveillance électronique mis en place sur la côte Sud de l’Espagne pour combattre l’immigration clandestine. Les radars et les caméras à infrarouge, employés habituellement pour détecter la présence d’embarcations transportant des sans papier, serviront ainsi à contrôler la présence de terroristes présumés dans le Détroit. Le dispositif prévoit la participation d’hélicoptères et d’avions de surveillance américains stationnés à la base de Rota (Andalousie Sud).

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