L’armée US en Irak : «j’y suis j’y reste !»

Le 30 juin n’est désormais plus synonyme de retrait de l’armée américaine d’Irak, ni de remise du pouvoir aux Irakiens. Les récentes sorties, contradictoires, de l’administration américaine ont fini par trancher dans ce sens. Dans un premier temps, on a laissé entendre que les Yankees étaient prêts à évacuer le pays, où d’ailleurs ils sont « indésirables », selon le terme usité par l’administrateur américain en Irak, Paul Bremer.
Quelques heures, à peine, auront été nécessaires pour que Bush junior reparte sur un autre son de cloche. Cette fois-ci, il n’est plus question de quitter le pays, ni ses richesses, en dépit du lourd tribut que pourrait payer la toute puissante Amérique et les scandales qui ponctuent sa présence en Irak.
Si la décision américaine est décevante à plusieurs égards, elle distille toutefois un cachet de pertinence sur un autre plan. L’Irak est dans une situation de chaos telle que l’incertitude plane sur la capacité des Irakiens à s’autogérer. Un scénario similaire au lendemain de la chute de Bagdad est à craindre. Cependant, cela ne fait office que de spéculations. Il se peut que le peuple irakien ait mûri, une fois consommée la soif de liberté après s’être débarrassé du joug de la tyrannie sadamienne. Il se peut également que l’absolutisme actuel, fait d’exactions, aussi bien au sein des geôles qu’à domicile, ait engendré une frustration à même de reconduire l’amer scénario en question. Notamment au vu des milices qui se forment de part et d’autres, ainsi que des combattants de tout poil qui défendent leurs pays et qui, à défaut d’avoir préalablement accordé leurs violons, risquent de ne plus rester les complices d’aujourd’hui, mais de devenir les frères-ennemis de demain.
Aussi complexe qu’elle soit, cette situation ambiguë n’est autre que la résultante de l’invasion américaine, de sa gestion catastrophique et d’une vision amblyope de la gérance de la phase d’après-guerre. Les Irakiens se demandent aujourd’hui de quoi demain sera fait.
Dans le pays du Tigre et de l’Euphrate, on ne se fait plus d’illusion sur les intentions du libérateur. Outre les sévices et les humiliations infligés à des prisonniers innocents, détenus arbitrairement au bon vouloir des marines, les dérapages volontaires de l’administration américaine n’ont plus de limites. Il est cependant à signaler que la torture et les autres actes barbares, dont les locataires d’Abou Ghreib ont fait les frais, auraient été commandités et approuvés par celui qui a eu le culot de se rendre à la tristement célèbre prison, Donald Rumsfeld en l’occurrence.
Parallèlement et pour la première fois dans l’histoire des conflits armés, l’on s’en prend à des sites religieux et des lieux de cultes. Des lieux riches non seulement par leur portée religieuse mais, aussi, par leur portée historique, renfermant des siècles d’Histoire. Ainsi, plusieurs mosquées ont délibérément été attaquées durant la triste besogne américaine. Ces derniers jours, c’est le mausolée de l’Imam Ali qui a été pris pour cible par l’aveuglement américain. Autant d’agissements qui ne feront qu’attiser la haine pour une nation, vieille à peine de quelque deux-cents ans et qui vient dicter sa loi et détruire ce que d’autres ont bâti durant des dizaines de siècles.

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