L’autre visage du Canada: à la découverte d’une réserve amérindienne au Québec

L’autre visage du Canada: à la découverte d’une réserve amérindienne au Québec

Le Québec est une belle province du Canada, véritablement aux milles facettes. Arrivée sur le sol canadien depuis quelques mois dans le cadre d’un processus d’immigration, j’étais curieuse dès mon installation de voir comment vivent les autochtones du pays dans les réserves amérindiennes.

Je n’attendis pas longtemps pour aller à la découverte de l’une d’elles. Nul besoin de voyager longtemps pour en trouver une. Kahnawake qui veut dire «aux rapides», à une quinzaine de km de l’ouest de Montréal, au cœur de la région de la Montérégie, offre la possibilité au visiteur étranger de voir de près à quoi ressemble une localité d’autochtones. Dès les premiers kilomètres à l’intérieur de la réserve l’étonnement est grand. Point de costumes traditionnels locaux, ni de calumet.

A travers les rues, des maisons très modestes, quelques-unes même dans un état délabré, les signes de pauvreté sont voyants. Mais en dehors de cet aspect rien en termes d’architecture ne distingue ces maisons de celles implantées en dehors de la réserve. Seuls quelques panneaux de signalisation écrits en dialecte local et une stèle au milieu du village rappellent que nous sommes dans une réserve amérindienne.

Tout autour, il n’y a âme qui circule. Il est dit pourtant que près de 6.500 personnes vivent dans la réserve. Des véhicules stationnés devant les maisons de la localité sont cependant un signe qu’à l’intérieur des logements il y a de la vie. Celle des habitants de Kahnawake s’organise visiblement autour des jeux du hasard à travers quelques salles de Bingo, des casinos et du commerce du tabac. Cette dernière activité est particulièrement marquante dans la localité. Des boutiques ou plutôt des cabanes de vente de cigarettes à profusion tout au long des grandes artères; bienvenue dans le monde du marché noir de tabac au Québec ! L’importante densité d’affiches publicitaires et d’enseignes de vente de cigarettes est frappante sur les lieux. Visiblement, les commerçants locaux font fi de toute législation canadienne contre la publicité du tabac. Le produit proviendrait de manufactures implantées dans la réserve, selon des enquêtes réalisées sur le sujet.

Il est dit que des milliers de personnes travailleraient au sein de cette industrie locale qui semble échapper à la réglementation canadienne en matière de commerce du tabac. Un produit vendu sur les lieux à un prix entre 8 à 20 dollars la cartouche de 200 cigarettes alors qu’au Québec les cigarettes légales sont au prix de 60 à 100 dollars  la cartouche.

Aussi, la centaine de petites cabanes appelées communément smoke shacks sont des commerces florissants malgré leur grand nombre car elles attirent une grande clientèle de visiteurs. Et ce en dépit des interdictions de vente aux visiteurs et des efforts des institutions étatiques pour la sensibilisation des fumeurs à l’illégalité de la contrebande du tabac, selon une enquête sur la question. Mais le phénomène ne s’arrête pas là. Il est dit aussi que nombre de visiteurs acheteurs, notamment les jeunes, se transforment en revendeurs.

Par Malika ALAMI
Montréal

Paradoxe

Pas de taxes, pas d’impôts, les réserves amérindiennes offrent à leurs habitants autochtones certains avantages mis en place par le gouvernement depuis les années 80. De l’avis d’un autochtone, une réserve est une ville comme une autre. «Nous sommes des amérindiens, mais on mange, on s’habille et on va à l’école comme tous les Canadiens. Mais nous n’avons pas les mêmes emplois que les blancs». Dans ces conditions, les autochtones se sentent comme parqués dans les réserves. Pour eux, notamment les plus jeunes, c’est un véritable dilemme.

S’installer dans les centres urbains et perdre des avantages financiers ou rester dans la réserve et conserver des avantages fiscaux et des sources de revenus en affrontant la pauvreté. Suite à une visite du rapporteur spécial des Nations Unies, James Anaya à des communautés autochtones, un récent rapport des Nations Unies souligne à ce sujet que les conditions de vie des autochtones sont semblables à celles des pays pauvres. Il est pourtant dit que les réserves reçoivent beaucoup de financement qui se comptent en centaines de millions de dollars.

Un immense paradoxe relevé par Michel Lemieux, ancien conseiller politique de l’ex-Premier ministre du Québec, René Lévesque. Dans son essai «Le cul-de-sac des Amérindiens du Québec», en voie de publication, le politicien montre en effet du doigt cette situation.

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