L’avenir de l’Irak au bout de l’isoloir

L’avenir de l’Irak au bout de l’isoloir

A deux jours des élections irakiennes, les spéculations vont bon train. Partisans et adversaires du scrutin multiplient les communiqués et les prises de positons alors que sur le terrain, la journée de mercredi aura été la plus sanglante pour l’Armée américaine depuis mars 2003. Le commandement US fait état de 36 marines tués pour cette seule journée.
Ce qui n’a en rien entamé le moral du président Georges W. Bush qui déclarait le même jour à travers les ondes de la télévision Al-Arabiya, que ces élections offraient une «occasion historique» pour le peuple irakien, lequel pouvait accéder à une véritable société démocratique après des décennies de dictature. Le président américain s’est refusé, comme l’avait fait son allié Tony Blair, à tout calendrier de retrait des forces américaines d’Irak.
Sur le plan institutionnel, l’enjeu de ces élections, est l’élection des membres de l’Assemblée nationale laquelle doit rédiger la nouvelle constitution du pays. D’ores et déjà donnée pour vainqueur, la communauté chiite irakienne (60% de la population) multiplie les gestes d’ouverture envers les autres composantes du pays. Le futur gouvernement serait représentatif et permettrait aux sunnites de participer à l’élaboration de l’avenir du pays, a laissé entendre un haut dignitaire, favorable à la tenue des élections.
De bonnes déclarations d’intention qui sont loin de lever le risque de partition de l’Irak, comme l’a rappelé le Roi Abdallah II de Jordanie, en réaction à l’appel de Ahmed Chalabi, responsable du parti de la conférence nationale irakienne (CNI), favorable à l’établissement d’une fédération indépendante dans le sud.
« En tant que Hachémite je parle au nom de tous les musulmans, sunnites et chiites. Nous souhaitons qu’ils soient unis comme ils l’ont toujours été et nous nous opposerons à toute tentative de porter atteinte à cette relation privilégiée ou à notre relation avec nos frères chiites », a dit le roi. Abdallah II a réaffirmé que les élections du 30 janvier sont « la seule voie pour la sécurité et la stabilité » en Irak. »
Ces élections sont du reste très attendues par les Kurdes qui voteront dimanche en caressant l’idée d’un futur Etat fédéral. Les tensions sont d’ailleurs vives à Kirkouk, d’après l’International Crisis Group (ICG) qui dénote d’une situation tendue entre Arabe et Kurdes.
L’intervention turque est à redouter, estime cette organisation, dans un rapport publié jeudi. Expulsés massivement de Kirkouk du temps du régime de Saddam Hussein, les Kurdes tentent actuellement de contrôler la ville. Des dizaines de milliers de membres de cette communauté se déplaceront à Kirkouk dimanche pour y voter, ce qui ferait pencher la balance en leur faveur.
Des calculs politiciens qui n’ont pas droit de cité dans le fameux triangle sunnite où seul le langage des armes est audible. La guérilla a lancé jeudi, dix attaques sur plusieurs bureaux de vote. Par ailleurs, 19 Irakiens ont été tués dans différents accrochages au Nord et au Sud de Bagdad.
Malgré ce climat de terreur, la commission électorale a commencé à distribuer les urnes dans le pays, y compris dans la province d’Al-Anbar, à l’Ouest. En tout, 5 578 bureaux de vote seront ouverts, pour 28 000 urnes. Des mesures de sécurité draconiennes ont été prises, par la coalition, le gouvernement irakien, mais aussi par les candidats eux-mêmes qui dévoilent rarement leurs visages de peur de représailles.

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