Le blocage d’une trêve

Depuis plusieurs jours, le chef des services spéciaux égyptiens, le général Omar Soleïman, négocie tant avec des responsables du Hamas et du Jihad islamique, qu’avec le conseiller politique d’Ehoud Barak, le général Amos Gilad, la conclusion d’une trêve destinée à ramener le calme à la frontière entre Israël et la seule bande de Gaza.
Au début de la semaine, plusieurs journaux londoniens de langue arabe et israéliens voyaient dans l’interruption quasitotale des tirs de Kassams sur le Néguev occidental la preuve qu’un accord avait été signé ou était sur le point de l’être.
Pour ces journaux, Omar Soleïman avait obtenu des Palestiniens du Hamas l’arrêt des tirs et des Israéliens la cessation des opérations militaires menées par leur armée dans la bande de Gaza ainsi que la renonciation aux éliminations ciblées de dirigeants du Hamas et du Jihad islamique.
Certes, le Premier ministre israélien Ehoud Olmert multipliait les démentis mais de manière bien peu convaincante. Chacun se souvenait qu’il avait usé de la même rhétorique à l’automne 2006 lors de la signature d’une tahadiyeh ( trêve) entre Israël et les factions palestiniennes.
Ceux qui espéraient un retour au calme ont dû déchanter.   Le 11 mars dans l’après-midi, une roquette Kassam tirée par le FDPLP tombait dans les environs d’Ashkélon, localité où Ehoud Olmert venait de se rendre en visite. Le lendemain, l’armée israélienne menait une opération à Bethléem en Cisjordanie, tuant 4 militants du Jihad islamique dont le chef de la branche locale Mohammed Shihadeh, responsable des relations entre la Cisjordanie et le bureau syrien du Jihad islamique.
Dans le même temps, le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak opposait une fin de non-recevoir aux partisans de la conclusion d’une trêve. Il affirmait que les opérations de l’armée israélienne à Gaza se poursuivraient jusqu’à ce que le Hamas «soit mis hors d’état de nuire». Se félicitant des résultats obtenus par ses troupes, il usait d’un ton churchillien pour proclamer que les habitants du Néguev pourraient bientôt voir «si ce n’est la fin, du moins le début de la fin» de leurs souffrances.
Dans la foulée, Ehoud Barak exprimait ses doutes quant aux chances de réussite des pourparlers menés par le gouvernement israélien avec l’Autorité palestinienne, une manière pour lui de se dissocier de la politique suivie par Ehoud Olmert, partisan d’une reprise rapide des discussions bilatérales avec les Palestiniens comme le demandent, d’ailleurs, les Américains.
On comprend dès lors mieux que Mahmoud Abbas ait confié à plusieurs journalistes qu’une «personnalité israélienne de très haut rang sabotait délibérément le processus de paix».
Les observateurs israéliens y voient plutôt l’une des manifestations de la farouche rivalité opposant Ehoud Olmert et Ehoud Barak, «deux dirigeants à l’ego surdimensionné». Il n’en demeure pas moins que ces divergences tombent au plus mauvais moment pour le gouvernement israélien . Celui-ci est confronté à la colère unanime de la communauté internationale contre la reprise de la construction de logements pour les colons dans certains quartiers de Jérusalem Est et dans plusieurs implantations de Cisjordanie. Une politique désapprouvée, lors d’une conférence à Harvard, par la ministre israélienne des Affaires étrangères Tsippi Livni.
Les Etats-Unis se sont montré très fermes sur ce sujet et certains estiment que le rapport que s’apprête à publier sur la situation en Cisjordanie le médiateur américain, le général William Fraser, pourrait contraindre Israël à tenir les engagements auxquels il a souscrits lors de la Conférence de paix d’Annapolis en novembre 2 007.
La tension ne diminue pas et l’instauration d’une trêve est peu probable alors que des appels à la vengeance, après l’attentat contre la yeshiva Merkaz Harav de Jérusalem, circulent dans les milieux sionistes religieux. Certains observateurs croient pouvoir prédire le déclenchement d’une «troisième Intifada» et un analyste parle même d’un «été chaud».

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