Le «Camp de la paix» se manifeste

Le «Camp de la paix» se manifeste

Plus de 1.200 policiers s’étaient déployés samedi pour assurer la protection de ce rassemblement qui se tient sur les lieux où a été assassiné, le 4 novembre 1995, le Premier ministre israélien Isaac Rabin. Entre les estimations de la police, celles des médias et les déclarations des organisateurs, le nombre des manifestants de Tel-Aviv se situe entre 100 000 et un quart de million.
Une manifestation particulièrement massive compte tenu des quelque 6 millions et demi d’habitants que compte la population israélienne. De plus, des sondages publiés vendredi, indiquent que plus de 70 % des Israéliens sont favorables à un retrait de la bande de Gaza. La place Isaac Rabin croulait sous des slogans qui en disent long sur les paradoxes existant entre les aspirations des faucons gouvernant Israël et celles des citoyens de l’Etat hébreu. «La majorité a décidé ! On sort de Gaza. On commence à dialoguer avec les Palestiniens», tel est le slogan qui résume le but de la réaction des partisans de la paix.
L’ex-Premier ministre israélien, actuel chef de l’opposition travailliste Shimon Perès, et pour bien démontrer que c’est une réaction de l’ensemble des Israéliens, a déclaré que le rassemblement n’était pas celui de la gauche, ou de l’opposition, mais de «la majorité de ce pays». Le retrait de toute la bande de Gaza, y compris de la zone frontalière avec l’Egypte, dans le secteur de Rafah, est ainsi fortement réclamé par une bonne partie des Israéliens.
Certes, la manifestation a été organisée conjointement par le Parti travailliste (19 députés sur 120), le parti Yahad Meretz (six députés), le parti Am Ehad (trois députés) et le mouvement «La paix maintenant», opposé à la colonisation, mais il n,’en demeure pas moins que les politiques l’on fait suite à la volonté des israéliens qui n’en veulent plus de la violence. D’ailleurs, le rassemblement a commencé par une minute de silence à la mémoire de treize soldats israéliens tués cette semaine dans la bande de Gaza.
«Sortez de Gaza, entamez les discussions», pouvait-on lire sur une grande affiche devant la scène centrale. Certains manifestants portaient des pancartes en faveur du projet de retrait de Gaza présenté par le Premier ministre, Ariel Sharon, texte récemment rejeté lors d’un référendum par les électeurs de son propre parti, le Likoud (droite). D’un autre côté, il faut signaler, cependant qu’une majorité d’Israéliens soutiennent ce plan. Mais ceci étant, les manifestants ont tout de même gagné leur pari de faire contre-poids à la droite et à l’extrême droite. Chez la partie palestinienne, le même samedi a constitué une journée de commémoration de la « Nakba ». Des milliers de Palestiniens ont commémoré la catastrophe suivie de l’exode de centaines de milliers de Palestiniens immédiatement après la création de l’Etat d’Israël proclamée le 14 mai 1948.
Dans la bande de Gaza, près de10.000 personnes ont brandi de vieilles clés, symbole de leurs maisons restées en territoire israélien. « Nous retournerons sur notre terre », ont-ils scandé. Parallèlement, à la capitale jordanienne, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, a affirmé au cours d’un entretien avec le Premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, que les Etats-Unis soutenaient toujours le principe de la création d’un Etat palestinien en 2005. Ce qui n’a pas empêché les déclarations de Powell d’être imprégnées d’un certain scepticisme. «Je crois que personne ne peut prédire» si ce calendrier pourra être respecté, a prévenu le Secrétaire d’Etat, venu en Jordanie pour participer à un forum économique mondial dans la station balnéaire de Chouneh-Sud, sur la mer Morte. Ce à quoi réplique le chef du gouvernement palestinien à l’issue de sa rencontre avec M. Powell : «Les Palestiniens attendent de savoir ce que contient exactement le nouveau projet du Premier ministre israélien, Ariel Sharon, après le rejet de son premier plan de retrait. Nous attendons de voir ce qu’est ce plan et d’en connaître les détails». M. Qoreï a qualifié ses discussions avec le secrétaire d’Etat américain de «très, très constructives».
Paraissant plus optimiste que M. Powell sur la perspective d’un Etat palestinien dès l’année prochaine, le Premier ministre palestinien a déclaré: «nous avons le temps de finir les négociations et d’avoir un Etat d’ici 2005». Serait-ce le début de la fin de l’un des plus longs conflits de l’histoire contemporaine ? En tous cas, l’espoir est grand dans les deux camps, en attendant que la notion de la coexistence prenne forme pour un avenir meilleur.

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