Le chantage des rebelles

Les rebelles ivoiriens sont prêts à reprendre les armes si les accords de Marcoussis ne sont pas appliqués à la lettre par les autorités du pays. C’est ce qu’a encore répété dimanche le porte-parole de l’un des deux mouvements qui contrôlent l’Ouest de la Côte d’Ivoire, le Mouvement populaire ivoirien du grand-ouest. « Les deux postes de la Défense et l’Intérieur nous ont été attribués, aux négociations, l’accord de Marcoussis. Si on nous les refuse, si une virgule de l’accord est changée, nous le déclarons à la communauté internationale que la guerre civile va reprendre» a averti le sergent Félix Doh. «J’étais en face du président Jacques Chirac, quand Gbagbo a accepté que la rébellion obtienne la Défense et l’Intérieur», au sommet africain de Paris qui s’est déroulé au lendemain de la table ronde de Marcoussis, le 25 janvier, a affirmé le représentant du MPIGO.
Niée par le président ivoirien, cette promesse verbale constitue depuis fin janvier le principal blocage à la formation du nouvel exécutif dit de «réconciliation» et qui, dans le texte des accords, doit représenter «de manière équilibrée» toutes les composantes du pays.
Les concernés, les membres du MPCI qui réclament les deux ministères stratégiques étaient d’ailleurs vendredi et samedi à Paris pour mener des négociations avec le premier ministre Seydou Diarra. «Ils ne discutent pas quels ministères nous aurons », a assuré Antoine Beugre, porte-parole du mouvement depuis Bouaké, le fief rebelle. «C’est impossible parce que cela a été décidé dans l’accord. Peut-être discutent-ils des noms, mais pas des postes ». Durant deux jours, le secrétaire général du MPCI, Guillaume Soro, a poursuivi les efforts diplomatiques menés par son mouvement depuis plus d’une semaine. Après avoir menacé de « marcher sur Abidjan » et de replonger la Côte d’Ivoire dans une nouvelle guerre, le Mouvement patriotique a en effet opté pour la voie négociée en consultant la plupart des dirigeants de la région ouest-africaine avant de rejoindre Paris. M. Soro a même affirmé samedi qu’«on ne peut plus continuer de tuer des Ivoiriens pour des postes ministériels».
Tout en tentant d’apaiser les tensions, le responsable a demandé au chef d’Etat de s’engager publiquement pour «l’application intégrale» des accords de Marcoussis, et non seulement «l’esprit» de ce plan de paix initié par la France.
Le MPCI acceptera-t-il de son côté de se voir octroyer des portefeuilles moins polémiques tout en intégrant, comme prévu, l’exécutif de réconciliation ? Suggérée par le président sénégalais Abdoulaye Wade vendredi, cette possibilité a été présentée comme la seule issue à l’impasse actuelle. Elle est cependant tout aussi dangereuse car, si le MPCI semble privilégier la voie politique, les intentions de ses deux alliés de l’Ouest, le MPIGO et le MPJ, restent plus douteuses.
«Nous marcherons sur Abidjan. Il n’y a rien à négocier, et si Guillaume Soro cède, il peut rester en exil, à Paris», a averti Félix Doh… Sur fond de menace de guerre, le nouveau premier ministre seydou Diarra devait regagner Abidjan dimanche pour rendre compte de sa mission française au président Gbagbo.

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