Le couple franco-allemand, première victime de l’Union Méditerranéenne

Les Français sont bien loin de l’image de leur président Nicolas Sarkozy lançant des assauts affectifs à la chancelière Allemande, Angela Merkel, raide dans ses bourrelets, la couvrant de baisers bruyants qui souvent mettaient à mal le sec protocole des rencontres internationales. Cette période où Nicolas Sarkozy charmait avec entrain l’allié allemand semble définitivement révolue pour laisser place à une sourde tension entre Paris et Berlin au point de rendre impraticable le calendrier classique des rencontres bilatérales.
Signe des temps d’orage qui ne trompent pas. Le conseil économique franco-allemand, une rencontre prévue de longue date entre la ministre française des Finances, Christine Lagarde, et son homologue allemand, Peer Steinbrück, a été remise aux calendes grecques. Pire encore, le Somment franco-allemand qui devait se tenir entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel le 3 mars a été reporté au 9 juin prochain. La presse allemande ne cesse de temps à autre de lancer des piques à Nicolas Sarkozy comme l’a fait récemment le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung : «  on peut se demander si les dirigeants français considèrent les rencontres avec leurs homologues allemands comme facultatives, (…) En ce qui concerne Peer Steinbrück, tout laisse à penser qu’il est devenu persona non grata à Paris depuis qu’il a osé contredire publiquement Nicolas Sarkozy lors du Sommet Ecofin. Sarkozy avait demandé à Angela Merkel de désavouer son ministre, ce qu’elle n’avait bien entendu pas fait. Sarkozy, qui traite ses contradicteurs avec une certaine brutalité, n’a sûrement pas oublié l’affaire ». Les divergences entre les deux pays touchent de nombreux domaines comme le rôle et l’indépendance de la banque centrale européenne, l’approche très mercantile du nucléaire civil et sa proposition à des pays jugés jadis peu fréquentables. Mais le sujet qui cristallise durement les divergences entre l’Allemagne et la France est le projet d’Union Méditerranéenne lancé par Nicolas Sarkozy au Maroc comme le chantier majeur de la politique étrangère de son quinquennat et la grande affiche de la présidence française de l’Union Européenne.
Depuis le célèbre discours de Tanger de Nicolas Sarkozy, les Allemands n’ont cessé de grommeler leurs réserves et leurs oppositions à l’égard de ce projet. Les analyses en provenance d’Allemagne sur le sujet tentent de pousser les Français dans leur contradiction. : Si ce projet ne concerne que les pays européens de la rive sud de la Méditerranée, des pays comme l’Allemagne et l’Angleterre se sentent non seulement exclus mais invités à renouer avec leurs vieux réflexes et alliances naturelles : Les pays de l’Est et la Russie pour l’Allemagne , le Commonwealth pour la Grande Bretagne. Dans ce cas de figure, c’est la construction de l’Union Européenne qui risque d’y laisser des plumes. Et si ce projet concerne tous les pays d’Europe, les Allemands affirment que le processus existe déjà à travers l’esprit de Barcelone qu’il suffit de ranimer fortement pour lui donner vie. Pour couper court à cette tension franco-allemande, un dîner entre Nicolas Sarkozy a eu lieu lundi soir en marge du salon CeBit des technologies de l’information à Hanovre. Dans le Magazine Der Spiegel paru lundi, Angela Merkel a estimé « totalement faux de parler d’une période difficile dans les relations franco-allemandes (…) Une relation étroite avec la France est pour moi d’importance exceptionnelle et me tient très à cœur ». La chancelière Allemande répondait indirectement au ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner qui avait reconnu qu’une polémique «montait» sur le report du sommet du 3 mars et que «des éclaircissements étaient nécessaires » sur certains sujets.
Alors qu’à Paris et à Berlin, on commence déjà à regretter avec nostalgie et à haute voix la qualité des relations qu’avaient réussi à tisser entre eux, malgré les difficultés de circonstance, De Gaulle et Adenauer, Giscard et Schmidt, Mitterrand et Kohl ou même Chirac et Schröder, la relation entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel semble atteindre de dangereux niveaux de sécheresse. La chancelière Allemande n’a toujours pas pardonné à Nicolas Sarkozy la manière peu élégante avec laquelle il s’était approprié des succès comme la libération des infirmières bulgares ou l’accord sur le traité de Lisbonne. Elle ne lui pardonne toujours pas son envie de faire cavalier seul sur une région comme la Méditerranée dans laquelle l’Allemagne estime avoir de nombreux intérêts.

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