Le destin de la planète, une affaire de tous

Des observateurs et diplomates européens estiment que pour décider quoi faire en Irak, le Président américain devra tenir compte du débat qui s’est tenu lundi au Conseil de sécurité qui a mis en lumière l’isolement de l’option militaire qui le tente. Cet exercice a mis en lumière les fortes résistances face aux tentations hégémoniques des Etats-Unis. «C’est un message que le Président Bush ne peut pas ignorer », relèvent ces responsables.
« Il y a une tentation de plus en plus forte du côté des Etats-Unis pour recourir à la force », estime un diplomate pour qui l’impatience marquée récemment par le Président Bush, dont les collaborateurs se sont fait l’écho en répétant à l’envie que « le temps était compté » pour Bagdad, avait rendu cette mise au point encore plus urgente. La réunion du Conseil de sécurité de lundi a eu « le mérite de poser de façon claire les problèmes que soulève une intervention militaire, a constaté ce diplomate. La France a été la plus nette en assurant qu’une intervention militaire contre l’Irak ne se justifiait pas. Elle a même estimé qu’avec la présence d’inspecteurs de l’ONU sur son territoire, « l’Irak n’est pas en mesure de poursuivre un programme d’armes de destruction massive, même s’il le voulait », prenant le contre-pied direct des affirmations des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne.
Le débat du Conseil de sécurité aura ainsi illustré le fossé qui s’est creusé entre Washington et Londres et le reste de la communauté internationale. «Aucun Etat ne peut seul s’emparer du destin de la planète», souligne un responsable européen, résumant le sentiment souvent partagé envers l’attitude de l’administration Bush.
Par ailleurs, l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Syrie et la Jordanie ont donné leur accord pour participer à la réunion sur l’Irak proposée par laTurquie.
Cette rencontre devrait se situer au niveau des ministres des Affaires étrangères. L’Iran a également répondu favorablement à l’invitation lancée par Ankara. Elle sera suivie d’une autre réunion à Damas, rapporte l’agence syrienne SANA. L’agence ne précise pas si une date a été fixée et ne dit pas non plus si tous les pays prévus dans ce projet de réunion ont bel et bien fait savoir qu’ils seront présents.
Dans les milieux diplomatiques d’Ankara, on a précisé que la réunion pourrait ce tenir dès ce jeudi à Istanbul, au niveau ministériel pour fixer l’ordre du jour d’une rencontre ultérieure entre chefs d’Etat et de gouvernement.
L’un des scénarios envisagés pour désamorcer la crise Irakienne consiste en le départ volontaire en exil de Saddam Hussein. On a beaucoup spéculé sur cette option, ces derniers temps. Les Irakiens, eux, démentent ces informations qu’ils qualifient de «stupides». Pourtant, les secrétaires d’Etat et à la Défense américains, Colin Powell et Donald Rumsfeld, ainsi que la conseillère du Président George Bush pour les Affaires de sécurité, Condoleezza Rice, continuent de faire valoir qu’un départ volontaire du Président irakien permettrait d’éviter une guerre, allant jusqu’à exclure des poursuites judiciaires dans ce cas.
« La situation dans son ensemble pourrait être résolue si Saddam Hussein et tous ceux qui sont autour de lui, qui pensent comme lui –ses fils, les plus hauts dirigeants du régime– partaient, a dit Powell soulignant qu’il « étudierait certainement » des amnisties pour les dirigeants irakiens. « Pour éviter une guerre, je recommanderais personnellement des mesures afin que les dirigeants irakiens et leurs familles bénéficient d’un exil dans un autre pays », a déclaré pour sa part Rumsfeld.
Tenant le discours d’un dirigeant qui n’a nullement l’intention de passer la main, Saddam Hussein a encore affirmé que la victoire de l’Irak est une « certitude » en cas de guerre. Son vice-président, Taha Yassine Ramadan, a versé dans le même sens en affirmant que les Etats-Unis ont l’intention d’envahir l’Irak, malgré l’engagement pris par Bagdad de coopérer plus activement avec les inspecteurs en désarmement des Nations unies. “L’Irak a accepté la résolution 1441 de l’ONU en se montrant coopératif, mais il y a des déploiements de troupes et les roulements de tambours de guerre n’ont pas changé”, a déclaré Ramadan.
Il a également déploré la mollesse de l’opposition arabe à une guerre, estimant que les Etats arabes pouvaient l’empêcher s’ils en avaient la volonté. « La position officielle arabe est indigne de notre nation », a-t-il soutenu.

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