Le pape Benoît XVI à Ankara

Le pape Benoît XVI à Ankara

Le Pape Benoît XVI a été accueilli mardi à Ankara par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, un geste exceptionnel visant à apaiser les tensions dès le début de cette visite périlleuse, moins de trois mois après la violente polémique déclenchée par ses propos sur l’Islam.
 Le souverain pontife a souligné à son départ de Rome pour ce premier voyage en terre musulmane que son objectif était un «dialogue dans ses diverses dimensions, entre les cultures, entre christianisme et Islam, avec nos frères chrétiens et surtout avec l’Eglise orthodoxe de Constantinople et plus généralement pour une meilleure compréhension entre nous tous».
 Adoptant un ton tout aussi conciliant, le Premier ministre avait affirmé peu avant l’arrivée de Benoît XVI que cette visite allait contribuer à la "paix mondiale".
M. Erdogan a accueilli le Pape, qui était vêtu d’un long manteau blanc, au pied de l’avion, un geste diplomatique important de sa part alors qu’il avait été soupçonné de vouloir éviter de rencontrer le souverain pontife après la violente controverse qui a suivi son discours à Ratisbonne le 12 septembre.
Une rencontre avait déjà été rajoutée in extremis entre les deux hommes à l’aéroport, M. Erdogan devant se rendre au sommet de l’Otan à Riga.
Le Pape a également insisté à bord de l’avion avant de quitter Rome sur l’importance, pour l’Europe comme pour la Turquie, de la laïcité qu’il a opposée au laïcisme, c’est-à-dire "une séparation totale" entre la vie publique et les valeurs "qui ont fondamentalement comme origine la religion".
Il a affirmé aborder ce voyage avec "une grande confiance et espoir", qualifiant la Turquie de "pont entre les cultures" occidentale et musulmane.
La majorité de la presse turque espérait mardi que cette visite serait une opportunité pour consacrer la "fraternité" entre les religions chrétienne et musulmane.
"Benvenuto" – en italien – proclamait sur cinq colonnes à la Une le grand journal populaire Sabah, rappelant que, pour la première fois, Benoît XVI a prévu de visiter une mosquée à Istanbul, où il sera mercredi soir. Les principales artères de la capitale ont été pavoisées avec les drapeaux jaune et blanc du Vatican et rouge et blanc de la Turquie dans une relative indifférence de la population, avant tout irritée par les mesures draconiennes de sécurité. Des policiers avaient été postés tout le long de la route de l’aéroport, dont la trentaine de kilomètres a été interdite à la circulation deux heures avant l’arrivée du souverain pontife, tandis que des artificiers de la gendarmerie ont inspecté le moindre tunnel.
Le dispositif de sécurité est encore plus lourd que pour la visite en 2004 du président américain George W. Bush, selon les responsables turcs.
Après les violentes réactions suscitées dans le monde musulman par le discours du Pape à Ratisbonne, quand il avait semblé assimiler Islam et violence, Ankara veut éviter tout incident afin de donner une bonne image du pays au moment où il négocie difficilement son entrée dans l’Union européenne. Pour cette première journée dominée par des entretiens politiques, le Pape se rendra au mausolée d’Atatürk (1881-1938), le père de la Turquie moderne qui a transformé ce pays majoritairement musulman en Etat laïc.
Il sera ensuite reçu en tant que chef de l’Etat du Vatican par le président de la République Ahmet Necdet Sezer.
Le passage le plus délicat de cette première journée devrait être sa rencontre avec Ali Bardakoglu, directeur des affaires religieuses au sein du gouvernement.

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