Le pouvoir maintient la pression sur les manifestants

Les autorités thaïlandaises ont maintenu la pression jeudi sur les milliers d’opposants qui ont campé pour la deuxième nuit consécutive au siège du gouvernement à Bangkok, mais les manifestants bravaient toujours le pouvoir, malgré des injonctions de la justice. Le Premier ministre Samak Sundaravej, dont les protestataires exigent la démission, a réaffirmé jeudi qu’il n’avait pas l’intention de recourir à la force, tout en soulignant que cette crise sans précédent ne pouvait durer «éternellement». « Il n’y aura pas de confrontation», a-t-il toutefois assuré. Une cour criminelle a lancé des mandats d’arrêt pour «trahison» contre neuf dirigeants et organisateurs du mouvement qui perturbe fortement depuis mardi l’activité gouvernementale, tandis qu’un autre tribunal leur a enjoint d’arrêter «immédiatement» leur action et de dégager les lieux. Un des meneurs, Somsak Kosaisuk, visé par un mandat d’arrêt, a déclaré jeudi que les avocats du mouvement avaient fait appel des deux décisions de justice la veille, en invoquant le «droit de manifester». Mais M. Samak a demandé aux dirigeants rebelles de «se rendre à la police». Alors que de nouvelles rumeurs nocturnes ont circulé sur l’imminence d’une intervention policière, les manifestants ont formé des rangées de « boucliers humains » pour protéger leurs dirigeants et ont mis en place de nouvelles barricades. «Si neuf d’entre nous sont arrêtés, vous devez poursuivre le rassemblement ici. S’il vous plaît, ne quittez pas Government House», a lancé Chamlong Srimuang, général à la retraite de 73 ans et l’un des principaux animateurs de « l’Alliance du peuple pour la démocratie » (PAD), à la pointe de la contestation. M. Chamlong a qualifié de «victoire » le fait que «la police ne soit pas intervenue pour nous arrêter la nuit dernière». Outre le départ du gouvernement, il a exigé que « toutes les parties s’engagent à ne pas amender» une Constitution, élaborée sous la précédente junte militaire. La presse thaïlandaise s’est montrée critique à l’égard de la PAD, rassemblement hétéroclite de divers groupes n’ayant qu’un point commun: leur haine de MM. Samak et Thaksin. Un sondage a révélé que la majorité des habitants de la capitale (68%) ne soutenait pas l’occupation du siège du gouvernement. En 2006, la PAD avait contribué, par ses manifestations, à déstabiliser M. Thaksin avant son renversement par des généraux royalistes. À l’époque, elle bénéficiait d’un soutien notable parmi les habitants de Bangkok. Cette nouvelle crise a éclaté mardi lorsque, à l’appel de la PAD, 35.000 manifestants ont encerclé des ministères et pris d’assaut le siège du gouvernement, ainsi qu’une chaîne de télévision publique.

• Thanaporn Promyamyai (AFP)

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