Le Premier ministre algérien à Paris

«Cela fait neuf ans qu’un Premier ministre algérien n’a pas foulé le sol français pour une visite officielle ou de travail», commentait jeudi le journal algérien La Tribune. Autant dire que la visite de deux jours d’Ali Benflis -sur invitation de son homologue français Jean-Pierre Raffarin- revêt une importance particulière. Elle s’inscrit, soulignait le même quotidien, «dans la dynamique positive instaurée dans les relations entre les deux pays depuis la visite à Paris du président Bouteflika en juin 2000» .
Elle fait aussi suite à plusieurs rencontres au niveau ministériel depuis cette date – notamment celle, remarquée, en décembre dernier du chef de la diplomatie française Dominique de Villepin à Alger. Ce séjour officiel du Premier ministre algérien intervient également au moment où la France célèbre «l’année de l’Algérie», manifestation culturelle à laquelle M. Benflis devait d’ailleurs se consacrer jeudi en visitant l’Institut du monde arabe.
Lors de leur entrevue le même jour, les deux chefs de gouvernement devaient par ailleurs discuter de plusieurs grands dossiers qui concernent les deux pays, notamment dans le domaine économique.
L’Algérie a récemment plaidé pour plus d’investissements français dans le pays, lesquels ont été conditionnés par Paris au respect des réformes entreprises par le régime Bouteflika.
M. Benflis entendait donc démontrer que l’Algérie est un pays où les investissements étrangers sont sûrs depuis que la nouvelle politique nationale en la matière est tournée vers l’économie de marché. S’ils restent en deçà des espérances algériennes, les échanges commerciaux entre les deux pays sont d’ailleurs en constante progression ces dernières années. Les exportations françaises ont officiellement augmenté de 40 % entre 1999 et 2001, atteignant 3,4 milliards d’euros et plaçant la France au premier rang des fournisseurs de l’Algérie avec 24% des parts du marché. Ces exportations concernent en particulier les secteurs de l’équipement, de l’automobile, de l’informatique et des machines- outils.
Par ailleurs, MM. Benflis et Raffarin avaient aussi et surtout pour mission de préparer la prochaine visite d’Etat du président Chirac début mars en Algérie. «Assurément, cette année sera l’année des grands rendez-vous entre l’Algérie et la France. Le mouvement des allers et retours des hommes politiques, des hommes de culture, des hommes d’affaires ne cessent de s’intensifier entre les deux pays et tout porte à croire que cela crée une ambiance favorable à des retrouvailles apaisées, orientées beaucoup plus vers l’avenir que vers le passé» faisait remarquer dès mercredi le quotidien El Moudjahid.
Reste toutefois une zone d’ombre: la question de l’embargo maintenu par la France sur la vente d’armes à l’Algérie. Et ce alors que Washington a décidé en décembre dernier de revoir sa position dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Dans un entretien publié jeudi par l’hebdomadaire français Le Point, le général Mohamed Lamari a même dénoncé cet «embargo de fait» de Paris sur «la lutte antiterroriste».
Le chef d’état-major de l’armée algérienne a affirmé que son pays avait «un problème» avec les politiques français et que l’armée algérienne avait «brisé la colonne vertébrale» du terrorisme islamiste. Le général a répété qu’il ne restait actuellement qu’un millier de terroristes armés en Algérie. «Nous n’avons même pas pu acquérir en France quelques milliers de cartouches de chasse pour nos gardes communaux !», a-t-il ajouté.

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