Le président Musharraf n’entend pas démissionner

Le président pakistanais Pervez Musharraf, menacé par une procédure de destitution, a fait savoir, lundi 11 août, qu’il n’y avait «aucune raison» pour qu’il démissionne, augurant d’un long et complexe bras de fer procédural au sommet de l’Etat. «Il n’y a aucune raison pour qu’il démissionne. Tout ce qu’ils (ses ennemis politiques) disent est faux», a déclaré Rashid Qureshi le porte-parole du président Musharraf. Il n’a livré aucun détail sur les intentions du président mais cette mise au point est la première émanant du camp Musharraf depuis que la coalition gouvernementale a annoncé jeudi le lancement d’une procédure de destitution contre le chef de l’Etat.
L’Assemblée nationale au Pakistan devait se réunir lundi à Islamabad pour se prononcer  plus tard dans la semaine – sur un acte d’accusation visant le président Pervez Musharraf, allié des Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme». «Le comité chargé de la procédure de destitution a quasiment terminé. Il met la dernière main à l’acte d’accusation», a déclaré à l’AFP Farzana Raja, une responsable du premier parti de la coalition, le Parti du peuple pakistanais (PPP) de Asif Ali Zardari, le veuf de Benazir Bhutto. «Nous lui (Musharraf) avons donné l’occasion de démisionner, nous lui avons laissé plusieurs mois. Mais nous devons nous rendre au fait qu’à présent, c’est au peuple du Pakistan, à travers ses représentants élus au Parlement, de s’en charger», a-t-elle dit. Selon le ministre de la Justice, Farooq Naek, l’acte comporte des accusations de «mauvaise administration» et de «violation de la Constitution».
Dimanche, des membres de la coalition avaient de nouveau exhorté Pervez Musharraf à démissionner, neuf ans après sa prise de pouvoir par un coup d’Etat militaire et moins d’une année après sa réélection controversée. L’article 47 de la Constitution de 1973 dispose que le président peut «être renvoyé en cas d’incapacité physique ou mentale, ou destitué s’il est coupable de violation de la Constitution ou de faute grossière», mais ce serait une première dans l’Histoire du Pakistan. La coalition doit rassembler la majorité des deux-tiers des deux Chambres réunies du Parlement, soit 295 sièges sur 439, pour renvoyer le chef de l’Etat. Depuis les législatives du 18 février, le PPP de Zardari, la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz de l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif alliés à plusieurs petits partis disposent de 266 sièges à l’Assemblée nationale et au Sénat. Mais pour obtenir le départ de Musharraf, ils devront convaincre 29 autres parlementaires, peut-être ceux des zones tribales frontalières avec l’Afghanistan.
En théorie, le chef de l’Etat peut dissoudre l’assemblée nationale, voire déclarer l’état d’urgence. Musharraf a été réélu le 6 octobre 2007 au suffrage indirect dans une élection contestée devant la Cour suprême. Il avait proclamé l’état d’urgence le 3 novembre et suspendu la Constitution en invoquant la menace islamiste et une ingérence du pouvoir judiciaire dans la lutte anti-terroriste.

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