Le rocher prend le large

Officiellement annoncée mardi par le gouvernement de Gibraltar, une consultation populaire aura bel et bien lieu dans la colonie britannique située au sud de la péninsule ibérique le 7 novembre. Une décision prise unilatéralement par les autorités locales qui n’a pas manqué de surprendre les chancelleries espagnoles et britanniques. Ces dernières ont d’ailleurs déjà fait savoir qu’elles ne reconnaîtraient pas la légitimité de ce référendum organisé sans leur aval. «La question posée au référendum sera limitée à la seule question de la souveraineté partagée. Sa formulation exacte sera annoncée en temps utile», s’est contenté d’indiquer le gouvernement gibraltarien dirigé par le premier ministre Peter Caruana, dans un communiqué publié mardi. Si Londres et Madrid tentaient encore mercredi de minimiser la petite rébellion du Rocher, cette décision n’en constitue pas moins une menace pour la suite des pourparlers entre les deux royaumes.
Les diplomaties britanniques et espagnoles planchent en effet depuis plusieurs mois sur l’avenir de Gibraltar. Un différend qui oppose les deux parties depuis près de 300 ans et la signature du Traité d’Utrecht en 1713, accord qui avait alors cédé le Rocher «à perpétuité à la couronne britannique». Depuis, l’Espagne a tenté par quinze fois de reprendre l’enclave stratégique, seul point de passage entre l’océan Atlantique et la mer Méditerranée.
En vain.
Un dialogue avait finalement été entamé en 2001 entre le secrétaire du Foreign Office, Jack Straw, et le chef de la diplomatie espagnole d’alors, Josep Piqué. Et malgré des rencontres régulières marquées par quelques avancées, aucun accord permanent n’a encore pu être trouvé. Ce qui aurait dû être fait cet été. Au contraire, les négociations bloquent toujours sur de nombreux points, notamment sur la question du référendum lui-même. Jack Straw a à maintes reprises plaidé pour que tout accord définitif obtienne l’aval des 30.000 habitants du Rocher. Référendum auquel l’Espagne est farouchement opposée. Madrid ne veut pas non plus entendre parler de la base militaire que Londres souhaite conserver dans la colonie. Malgré ces divergences et le ralentissement des négociations avec le départ de M. Piqué, remplacé fin juin par Anna de Palacio, le diplomate britannique avait déclaré le 12 juillet dernier, devant le Parlement de Westminster, qu’un «accord de principe» avait été trouvé entre les deux pays sur «un partage de souveraineté». Le Rocher avait alors tremblé. Peter Caruana n’avait pas hésité à dénoncer «une trahison gratuite» des droits et des aspirations des habitants de Gibraltar. «Il y a plus de chances pour que l’Enfer gèle que pour que la population de Gibraltar vote un jour en faveur d’une souveraineté partagée avec l’Espagne», avait-il affirmé. Le futur statut de cette «Californie de l’Europe» de 6 km2 doit en effet, selon le ministre principal et une grande partie des 30.000 habitants, être de leur propre ressort. Décision qu’ils feront savoir le 7 novembre par voix populaire, même s’il ne fait déjà nul doute que, comme lors du référendum de 1967, les Gibraltariens se prononceront en faveur de la couronne britannique.

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