Le rôle de l’armée en question après les violences

En restant à l’écart des combats meurtriers de la semaine écoulée au Liban, l’armée a évité les scissions qui avaient précipité sa dissolution durant la guerre civile, mais a pris le risque de se discréditer en n’assurant pas la protection des citoyens.
«L’armée, c’est essentiellement la société libanaise en uniforme militaire», remarque Oussama Safa, directeur du centre libanais d’études politiques, en allusion à la mosaïque de communautés religieuses qui constitue le pays, et aux clivages avivés par les récentes violences. Dans les années 80, en pleine guerre civile, les scissions au sein de l’armée libanaise avaient précipité son éclatement, puis la désintégration de l’Etat. Depuis la fin de la guerre en 1990, cette armée s’est reconstituée pour devenir une institution souvent présentée comme le seul pilier stable de l’Etat. Mais paradoxalement, cette armée de 60.000 hommes, faiblement équipée, est restée en retrait du principal conflit de ces dernières années, les combats de l’été 2006 entre le Hezbollah chiite et les forces israéliennes.
Pour le général à la retraite Wehbe Katicha, la crainte des scissions est exagérée et n’exonère pas les militaires de leur devoir de protection des citoyens. «Rester neutre ne signifie pas ne pas assurer la sécurité publique», estime cet officier. «Qui protège les citoyens ordinaires qui ne sont alliés ni avec un côté, ni avec l’autre?, s’interroge-t-il. C’est là le devoir de l’armée». Selon lui, l’argument d’un risque d’éclatement n’est utilisé que comme une diversion. «Il est parfois préférable d’avoir la moitié de l’armée opérationnelle, plutôt qu’une armée entière paralysée», souligne-t-il. Le sous-équipement de l’armée est également en cause. «Ils ont commencé la bataille de Nahr al-Bared avec seulement 300 obus d’artillerie en réserve. C’est moins que ne possède n’importe quelle milice», remarque Oussama Safa. «Ils n’ont pas d’équipements de base, comme des pneus pour les camions, des moyens de déplacement performants et rapides, des moyens de communication».
Lors des violences qui ont éclaté le 7 mai et les jours suivants, l’armée est restée à l’écart des combats. Et malgré l’annonce lundi que la force serait désormais utilisée contre toute présence de civils armés, les barrages routiers dressés par l’opposition sont restés en place. Par tradition, l’armée au Liban est chargée du maintien de l’ordre public, mais les leçons tirées de la guerre civile la tiennent à l’écart des luttes confessionnelles. 

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