Le Sommet de la responsabilité

La déclaration et le plan d’action adoptés par les 189 pays présents au Sommet de la Terre portent en théorie sur les moyens de réconcilier croissance économique, lutte contre la pauvreté et décollage du tiers monde avec la survie écologique de la planète. La première relève certes que « la faille profonde qui divise la société entre riches et pauvres et le fossé qui ne cesse de grandir entre les mondes développé et en développement représentent une menace majeure à la prospérité globale et à la sécurité ». Mais dans le second, aucune mesure décisive ne figure pour réduire la pauvreté et protéger l’environnement. « Le Sommet de Johannesburg a manqué d’engagements et d’audace », a même regretté le président vénézuélien Hugo Chavez, dont le pays dirigeait le groupe des pays en développement. Le plan d’action, un document de 65 pages, comprend en effet davantage de déclarations générales que d’objectifs chiffrés. La communauté internationale s’y engage surtout à réduire de moitié d’ici 2015 la proportion d’êtres humains sans eau potable ni assainissement correct. « Ce sommet a évoqué les menaces qui pèsent sur la planète, mais il n’a pas été celui qui a apporté les réponses », a pour sa part regretté Michael Zammit Cutajar, ex-responsable de la Convention sur le climat, au nom de Malte. De l’avis de nombreuses délégations, les pays du sud, qui ont eu un discours homogène sur l’aide au développement et la levée des subventions agricoles dans les pays du Nord, sont largement repartis les mains vides.
Un climat de déception qui n’est au contraire pas partagé par plusieurs pays, et en premier lieu par les Etats-Unis, même malmenés sur différents dossiers. Le secrétaire d’Etat américain Colin Powell a ainsi qualifié le sommet de «réussi». L’Union européenne, qui a échoué à faire adopter son projet sur les énergies renouvelables (éoliennes et solaires), s’est contentée d’appeler les pays « les plus motivés » à la rejoindre pour « aller plus loin » vers des objectifs quantifiés. Plan contre lequel les Américains, Australiens, Russes, Chinois et Etats-membres de l’OPEP ont entièrement fait bloc. L’environnement a d’ailleurs été le grand oublié de ce Sommet qui avait paradoxalement pour thème « le développement durable ». Il n’a donné lieu qu’à un seul engagement, celui sur la régulation de l’exploitation des océans. Les ONG attendaient plutôt une prise de position plus nette sur le protocole de Kyoto, signé en 1997 pour lutter contre le réchauffement de la planète, rendu caduque par sa non-ratification par le pays le plus pollueur au monde, les Etats-Unis.
« Aujourd’hui, les réponses durables et efficaces ne pourront être données que si les entreprises se joignent aux autres acteurs (gouvernements, société civile, syndicats) dans le cadre de partenariats », a déclaré, en clôture des travaux, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Ces partenariats, qui suscitent la méfiance des ONG, ont en effet constitué le plus gros des décisions prises en dix jours. Plus de 200 de ces projets ont été présentés, la plupart destinés à attirer l’investissement privé dans des pays du Sud. L’ONU a d’ailleurs officiellement encouragé les entreprises à faire preuve de « responsabilité » en matière sociale et environnementale, face au désengagement manifeste des Chefs d’Etat dans ces domaines. Le monde des affaires saura-t-il prendre la relève et s’acquitter de ces lourdes tâches que sont le développement des pays pauvres et la préservation de l’environnement ?

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