Le spectre du terrorisme plane de nouveau sur Paris

Le spectre du terrorisme plane de nouveau sur Paris

Etrange affaire que celle des bâtons de dynamite trouvés dans le prestigieux magasin parisien «Le Printemps». Paris fut brusquement renvoyé aux sombres heures du terrorisme meurtrier qu’elle avait vécu dans les années 90 lorsque le GIA algérien faisait planer la mort et l’angoisse dans les rues de la capitale. Etrange affaire qui a poussé de nombreux spécialistes de la question terroriste à s’interroger sur les modalités d’exécution d’une telle opération, le message politique contenu dans l’alerte et le contexte général qui l’entoure.
Les bâtons de dynamite sans système de mise à feu ont été portés à la connaissance des services de sécurité par une étrange revendication qui fait couler beaucoup d’encre. Dans une lettre au français approximatif et l’étrange phraséologie, un mystérieux «Front révolutionnaire afghan» donne des précisions sur les explosifs et détaille la revendication : «Nous avons placé plusieurs bombes dans le magasin Printemps Homme Haussmann, une d’elle se situe au 3ème étage dans les toilettes derrière la chasse d’eau… si vous ne faites pas intervenir quelqu’un avant le mercredi 17 décembre, elles exploseront (…) Faites parvenir ce message à votre président de la République qu’il retire ses troupes de notre pays (l’Afghanistan) avant fin février 2009, sinon nous repasserons à l’action dans vos grands magasins de capitalistes et cette fois-ci sans vous avertir».
Dès que le mot «Afghanistan» a été prononcé, tout le monde s’est subitement rappelé la vidéo enregistrée en aout dernier et diffusée en novembre d’un chef des talibans Farouk Akhoun Zadeh qui avait proféré des menaces directes contre la France : «Nous n’avons tué cette fois que dix Français, ce qui envoie un message aux Français : s’ils ne reviennent pas sur leur erreur et ne se retirent pas d’Afghanistan, notre réaction se fera entendre dans Paris». Mais immédiatement après les premières analyses de la situation, la piste islamiste fut écartée par le ministre français de la Défense Hervé Morin en disant que la piste islamiste n’était pas la piste première à suivre dans cette affaire : «C’est évident que la phraséologie, la dialectique n’était pas la didactique des mouvements terroristes islamistes (….) Le mot révolutionnaire figurant dans le nom du groupe, le mot capitaliste pour désigner les magasins, l’absence de référence à l’Islam, au djihad font qu’en effet la piste islamiste en tant que telle n’est pas la piste première».
Les déclarations politiques, qui ont commenté cette affaire, oscillent entre prudence et dramatisation. Tandis que Michelle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, tempère dans l’évaluation des menaces : «Oui, la France est menacée, elle n’est pas plus menacée que d’autres pays, que nos voisins, elle n’est pas non plus moins menacée», le Premier ministre, François Fillon, estime que cette menace est forte : «Elle est forte, parce que la France est un pays qui est engagé dans la défense de la liberté dans le monde, parce que la France a des forces qui sont engagées sur plusieurs territoires où justement nous luttons contre les organisations terroristes». Nicolas Sarkozy a eu l’occasion de synthétiser ces deux approches : «Ma conviction n’a pas cessé depuis 2002 (…), la vigilance face au terrorisme est la seule ligne possible: vigilance car malheureusement tout peut arriver, et fermeté parce qu’on ne transige pas avec le terrorisme». Dommage collatéral de l’affaire du Printemps, l’opposition profite de l’occasion pour relancer le débat sur la présence française en Afghanistan. Et c’est Martine Aubry, la première secrétaire du PS qui monte au créneau : «On s’est laissé aller, alors que nous étions là pour installer la démocratie contre les talibans, à des actions y compris contre des populations civiles qui aujourd’hui posent des problèmes à la France (….) On ne cède jamais devant le terrorisme, ce qui ne m’empêche pas de penser qu’en Afghanistan, une autre politique est possible».
Même si dans l’affaire du Printemps, la piste islamiste n’est pas privilégiée, cela n’a pas empêché les service de sécurité de procéder à l’arrestation de sept personnes dans la banlieue parisienne soupçonnées d’être proches de la «mouvance djihadiste».

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *