Le tireur est un mythomane

«J’ai voulu tuer le président et mettre fin à mes jours» a avoué dimanche le jeune tireur âgé de 25 ans devant les policiers de la Brigade criminelle de Paris. A l’aide d’une carabine 22 long rifle qu’il avait dissimulée dans un étui à guitare, Maxime Brunerie avait tenté quelques heures auparavant d’atteindre le président français qui passait en revue ses troupes, debout dans son command-car, en haut de l’avenue de Champs-Elysées. Basé à environ 150 mètres du chef d’Etat, l’homme a pu tirer une première fois – il disposait de cinq cartouches – avant d’être maîtrisé par des touristes et deux policiers en civil.
Tandis que Maxime Brunerie, transféré au 36 quai des Orfèvres, tenait des propos «incohérents» et «décousus» devant les enquêteurs, les recherches sur sa personnalité et son parcours ont permis de découvrir plusieurs éléments. Tout d’abord, il s’est avéré que le tireur avait laissé un message sur un site anglophone, incitant le public à regarder la télévision dimanche pour suivre son acte. Brunerie, ensuite, un militant extrémiste notoire membre du GUD (Groupe Union-Défense) proche des milieux skinheads, s’était présenté sous les couleurs du parti d’extrême droite MNR aux élections municipales de 2001.
Maxime Robert Brunerie, son nom complet, figurait en septième place de la liste du parti présidé par Brunot Mégret, ex-disciple de Jean-Marie Le Pen, dans le 18ème arrondissement de Paris. Sans casier judiciaire, ce jeune, originaire de Courcouronnes dans l’Essonne, était toutefois «défavorablement connu des services de police pour son appartenance au mouvement hooliganiste, à l’extrême droite et à des mouvements néo-nazis» a confirmé dimanche soir Nicolas Sarkozy. «A notre connaissance, il n’appartient pas au fichier des internés psychiatriques de la police», a ajouté le ministre de l’intérieur. Brunerie a cependant passé la nuit de dimanche à lundi à l’infirmerie psychiatrique de la Préfecture de police où il devait être examiné par un médecin. Ce dernier devait décider si des suites judiciaires étaient possibles contre lui. Si son état le permettait, Brunerie devait être de nouveau interrogé par la brigade criminelle après que sa soeur et ses parents aient été entendus comme témoins. Si le psychiatre rendait un avis défavorable, il devait rester en observation pour plusieurs jours, voire des semaines. Et si son irresponsabilité mentale était confirmée, il pourrait être placé dans un établissement spécialisé.
Reste que cet incident, une «tentative d’attentat» selon l’épouse du président français, aurait pu être un véritable drame. Jacques Chirac est d’ailleurs loin d’être le seul chef d’Etat français victime de tels actes. D’autres en sont morts comme M. Sadi Carnot assassiné à Lyon le 24 juin 1894 par un anarchiste d’origine italienne Jeronimo Caserio. Ou comme Paul Doumer tué le 6 mai 1932 par un émigré russe Paul Gorguloff.
Charles de Gaulle avait lui-même été la cible de plusieurs attaques, notamment en 1961 lorsqu’une bouteille de gaz avait explosé au passage de sa voiture, dans l’est de la France. Ou encore l’année suivante lorsque la voiture du président avait été criblée de balles par le lieutenant-colonel Bastien-Thiry. Si «le risque zéro n’existe pas» selon les propres termes du responsable du syndicat de police Patrice Ribeiro, un filtrage des spectateurs et un renforcement des effectifs policiers pourraient être envisagés lors des prochains bains de foule du président.

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