Le Zimbabwe au ban du Commonwealth

Décidée mardi, cette surprenante suspension du Zimbabwe du Commonwealth -pendant un an et à effet immédiat- a été motivée par un rapport accablant sur l’élection présidentielle des 9, 10 et 11 mars derniers.
Scrutin qui avait abouti à la victoire contestée du président sortant Robert Mugabe avec 56,2% des voix contre Morgan Tsvangirai. Le premier ministre australien John Howard, à la tête de la fameuse troïka qui comprenait par ailleurs les présidents sud-africain Thabo Mbeki et nigérian Olusegun Obasanjo – a reconnu que la décision de suspendre ce pays avait été «difficile». «Le rapport des observateurs du Commonwealth était si fort qu’on ne pouvait pas garder notre crédibilité sans en tenir compte », a expliqué M. Howard à la BBC (radio britannique). «Si nous l’avions esquivé d’une façon ou d’une autre ou si nous l’avions ignoré, on aurait fait beaucoup de mal à la crédibilité du Commonwealth et à son attitude cohérente sur ces questions, mais aussi à notre propre crédibilité en tant que dirigeants attachés aux principes démocratiques de l’organisation», a-t-il ajouté.
Cette suspension a en tout cas de quoi satisfaire l’ex-puissance coloniale britannique qui en était la fervente militante depuis les premières exactions du pouvoir zimbabwéen contre les militants opposants.
Cette sanction est aussi doublement surprenante. Tout d’abord, les membres du Commonwealth avaient jusque-là refusé d’adopter toute mesure contre Harare, notamment lors de leur dernière réunion bi-annuelle, début mars en Australie. Ensuite, deux des trois membres réunis mardi – et mandatés par l’organisation – sont les chefs d’Etat qui ont accueilli le plus favorablement la victoire de Mugabe la semaine dernière. Les présidents du Nigeria et d’Afrique du Sud -puisqu’il s’agit d’eux- s’étaient aussi fermement opposés à cette idée lors du rendez-vous australien de Coolum.
Cette décision constitue par ailleurs un isolement sévère tant sur le plan politique que diplomatique pour le Zimbabwe qui rejoint ainsi le Pakistan dans le rang des «punis» du Commonwealth. La balle est désormais dans le camp de M. Mugabe que les présidents Mbeki et Obasanjo ont rencontré lundi à Harare et invité à négocier sans tarder (et sans conditions) avec son rival M. Tsvangirai. Réagissant à la mise au ban de son pays, le ministre zimbabwéen de l’Information a parlé mercredi d’«une mauvaise décision» basée «sur un mauvais rapport» des observateurs de l’élection présidentielle. Jonathan Moyo a accusé le rapport en question d’être «plein de déformations» et de «manquer de crédibilité». Si l’Union européenne n’est pas encore décidée, les Etats-Unis ont pour leur part déjà réactualisé leur liste de Zimbabwéens interdits de séjour sur leur sol, des personnes proches du président -26 au total- et M. Mugabe lui-même. Le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, a d’ailleurs déclaré que les Etats-Unis poursuivaient leurs consultations avec leurs alliés sur les autres mesures à mettre en oeuvre contre Harare.

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