L’école Viradouro donne «la chair de poule»

L’école Viradouro donne «la chair de poule»

L’école de samba Viradouro, la dernière à défiler lundi à l’aube, a rempli la mission qu’elle s’était donnée de faire «frissonner» le public et a soulevé l’enthousiasme des 70.000 spectateurs du Sambodrome de Rio, lors de la première nuit du carnaval brésilien.
Paulo Barros, le «carnavalesco» (metteur en scène) de l’école avait annoncé qu’il voulait montrer dans son défilé tout ce qui donne la chair de poule: de la joie devant la naissance d’un enfant à la peur et à la répugnance, de l’amour à l’horreur que l’homme est capable de susciter.
Mais l’un des huit chars allégoriques de Viradouro qui représentait les corps squelettiques empilés des victimes de l’Holocauste, surmontés d’un danseur déguisé en Adolf Hitler, avait été interdit jeudi par la justice, saisie de l’affaire par la Fédération israélite de Rio.
L’interdiction avait soulevé une polémique entre partisans et opposants tandis que le «carnavalesco» apparaissait en larmes à la télévision. Il devait refaire en 48 heures le char qui lui avait demandé des mois de travail. Il avait laissé planer le mystère sur la solution trouvée jusqu’au dernier moment.
Tout le monde était donc curieux de voir le nouveau char – le cinquième du défilé – qui est apparu en forme de gâteau blanc, surmonté de danseurs baillonés en signe de protestation et de défense de la liberté d’expression. On pouvait lire sur une banderole à l’avant du char : «On ne construit pas l’avenir en enterrant l’Histoire».
Intitulé «C’est à donner la chair de poule», le défilé, le plus original des six écoles en lice dans la nuit, a commencé par «le froid qui fait frissonner» avec une véritable piste de ski mobile de 30 mètres de long et 9 d’inclinaison, que 15 skieurs descendaient en slalom. Vingt-sept tonnes de glaces ont dû être amenées de Sao Paulo par camion frigorifique. Les jupes du traditionnel groupe des bahiannaises représentaient des igloos.
Le second char à entrer en piste mettait en scène l’émotion de la naissance et montrait un bébé en caoutchouc de cinq mètres qui remuait la bouche et les bras, tenu la tête en bas par deux grandes mains gantées d’un médecin.
Puis ont suivi les «frissons de l’amour» avec le char du «Kamasutra» où une dizaine de couples mimaient un acte d’amour.
Le défilé faisait aussi allusion à des films d’horreur comme «l’Exorciste» et à des scènes historiques avec des danseurs déguisés en guillotine qui tenaient une tête coupée.
Un «banquet de la répugnance» montrait de gros cafards en train de dévorer les restes d’un repas.
Le dernier char donnait des «frissons de la nostalgie», en rendant hommage à un célèbre compositeur de samba, Cartola.
L’école de samba Portela, aux couleurs blanc et bleu, la quatrième à défiler, a également fait vibrer le public avec son thème consacré à l’écologie et à la nécessité de préserver la nature. C’est l’école de samba Sao Clemente qui avait donné le coup d’envoi à cette première nuit de fastueux défilés, avec pour thème l’arrivée au Brésil de la famille royale portugaise qui fuyait les troupes de Napoléon, il y a 200 ans.
La reine mère, «Maria a Louca» (Marie la folle), était interprétée avec beaucoup d’humour par l’un des plus célèbres travestis du Brésil, «Rogeria».
Après Sao Clemente sont entrées en scène: Porto da Pedra, avec un défilé sur les cent ans de l’immigration japonaise au Brésil; Salgueiro, qui a rendu un hommage aux habitants de Rio depuis l’arrivée de la Cour portugaise en 1808 Portela puis Mangueira qui a fêté le «frevo», un rythme frénétique de l’Etat Pernambouc (nord-est du Brésil) avant le grand final de Viradouro.
Des milliers de spectateurs se pressaient dans les tribunes, encouragés par un temps plus clément après des pluies incessantes dans la journée.

• Claire de Oliveira (AFP)

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