L’égyptien Farouk Hosni échoue

L’égyptien Farouk Hosni échoue

On le voyait déjà sur le perron de l’Unesco avec ses lunettes de soleil, qui lui donnent l’air d’un parrain, sur le nez, sa tignasse excessivement noircie, son look rajeuni au biceps comme s’il bloquait de force l’usure du temps. Farouk Hosni, ministre de la Culture et candidat à la présidence générale de l’Unesco n’affichera pas le V de la victoire devant les objectifs des caméras. Au dernier sprint, il a trébuché et l’Unesco, la prestigieuse organisation culturelle internationale, est tombée, par surprise, presque par mégarde, dans l’escarcelle de la Bulgare Irina Bokova. La surprise de voir chuter Farouk Hosni fut si grande. L’homme disposait de tous les ingrédients du succès. Dans l’atmosphère froide de ces grandes organisations internationales, la logique des intérêts des Etats ne laisse traditionnellement place à aucune manœuvre de couloir ou de groupe de pression. Farouk Hosni était le candidat, produit d’un grand consensus politique. Sarkozy avait promis de l’installer à l’Unesco pour satisfaire une demande incessante du président Hosni Moubarak dont le pays co-préside l’Union pour la Méditerranée. Les pays arabes se sont presque mobilisés comme un seul homme derrière la personnalité arabe qui avait le plus de chances de remporter la mise. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, aurait promis au même Moubarak de ne pas s’opposer à cette candidature. Tout indiquait que l’autoroute de la direction générale de l’Unesco était pavée de feux verts devant Farouk Hosni. C’était sans compter avec une ancienne boule puante que l’homme traînait dans ses semelles. Dans une autre vie, lorsqu’il présidait d’une main de fer aux destinées de la création culturelle égyptienne, Farouk Hosni  avait dit sa disponibilité à brûler  lui-même des livres israéliens s’il en trouvait dans la Bibliothèque d’Alexandrie, sa ville natale. Mal lui en a pris. Ce qui lui a  valu l’indélébile accusation d’être un antisémite. Comment un homme qui est capable de penser brûler un livre peut-il un jour prétendre diriger la plus grande organisation culturelle de la planète ?
C’est l’argument phare utilisé par des personnalités opposées à sa nomination comme l’écrivain philosophe Bernard Henri Levy, ou l’ancienne ministre Simone Veil. Dans son blog, dans ses écrits, BHL avait mobilisé tous ses réseaux pour faire avorter ce triomphe annoncé de Farouk Hosni. Il est vrai que le ministre égyptien avait tenté de riposter à cette campagne en jouant les repentis dans une tribune publiée par le journal «le Monde», mais sa démarche n’avait fait qu’empirer sa situation. D’abord parce que l’aveu d’avoir été tenté, ne serait-ce que dans un moment d’excitation et d’ivresse, par une forme de pyromanie littéraire, n’avait fait que solidifier les résistances contre sa candidature. Ensuite, le fait que sa lettre d’excuse et de repentance soit, sinon écrite du moins relue par le conseiller spécial de Sarkozy Henri Guaino, avait donné à cette affaire un goût sulfureux qui la compliquait davantage. Il faut dire que même si officiellement la France soutenait la candidature de Farouk Hosni, ses choix n’étaient pas d’une clarté limpide. L’impression était perceptible que l’Élysée autour de Sarkozy militait pour la victoire de Farouk Hosni et que le Quai d’Orsay, siège du ministère des Affaires étrangères, autour de Bernard Kouchner faisait de la résistance. Cette cacophonie française avait encouragé d’autres pays européens à revoir leur vote et à alimenter leur opposition. D’ailleurs, dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères s’est empressé de féliciter la gagnante. Aujourd’hui, les oreilles sont extrêmement tendues vers les échos que peut provoquer un tel échec en Egypte. Hosni Moubarak avait mis tous son poids pour imposer son poulain. Le voilà qui rate le coche si près du but.

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