L’ère des grands camps est révolue, mais l’entraînement terroriste persiste

Dans des régions reculées, des zones échappant aux pouvoirs centraux, des pays où règne l’anarchie, des mégapoles difficilement contrôlables, il reste possible pour des organisations terroristes internationales, comme Al Qaëda et sa mouvance, de rassembler des volontaires, les endoctriner et les aguerrir sans se faire repérer, ajoutent-ils.
 Il y a quelques jours, le FBI a évoqué un "camp d’entrainement terroriste" proche de la capitale pakistanaise Islamabad dans lequel serait passé, selon la police fédérale américaine, un jeune pakistanais arrêté dans la petite ville californienne de Lodi.
 Le premier ministre pakistanais Shaukat Aziz a formellement démenti, affirmant que "de tels camps n’existent pas", mais certains spécialistes évoquent les zones semi-autonomes tribales proches de la frontières avec l’Afghanistan ou même certains grands complexes dépendant de "madrassas", les écoles religieuses musulmanes, comme des lieux possibles de formation ou d’endoctrinement terroristes.
 "Nous avons vu qu’en dépit des efforts considérables du gouvernement pakistanais, certains groupes jihadistes ont été en mesure d’installer des camps à l’intérieur du Pakistan après octobre 2001" assure Rohan Gunaratna, chercheur sri-lankais, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes d’Al Qaëda.
 "Ce sont de très petites installations, vous pouvez organiser des cours à l’intérieur d’une simple maison" ajoute M. Gunaratna, auteur de "Al Qaëda, au coeur du premier réseau terroriste mondial". "Ce sont des choses impossibles à repérer par satellite".
 Les experts sont unanimes: l’ère des grands corps de ferme en Afghanistan, autour desquels des parcours du combattant avaient été créés, avec des recrues en foulard sautant des obstacles devant l’objectif de caméras réalisant des films de propagande islamique, est révolue.
 Trop vulnérables, surveillées en permanence par les satellites espions américains, ces installations ont été remplacées par des arrières-cours, des maisons anonymes, des appartements discrets ou des caves.
 "Reste-t-il des installations d’entrainement ? Bien sûr" assure Magnus Ranstorp, directeur du Centre d’études du terrorisme de l’université Saint-Andrews en Ecosse. "Mais vous ne trouverez plus de grands camps. Plus la peine, trop dangereux. Cela peut être des abris sous-terrains, des maisons abandonnées. Il y a dans le monde de nombreuses zones isolées, qui échappent à toute autorité".
 Selon Rohan Gunaratna, "il reste des camps d’entrainement terroristes en Asie du Sud-Est, aux Philippines, en Somalie. Il y en a eu au Yémen pendant quelque temps, de même que dans les gorges de Pankisi en Géorgie. Et en Irak, vous n’avez pas de camps, mais des maisons".
 A Paris Jean-Luc Marret, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, estime que "le camp d’entrainement a toujours été une représentation de la réalité qui a été spectacularisé. Le plus souvent, ce ne sont que quelques toiles de tentes. Et cela peut se monter n’importe où. Cela n’a en fait jamais cessé".
 "N’oubliez pas que des cessions d’entrainement ont eu lieu dans des ranchs aux Etats-Unis. Dans la forêt de Fontainebleau en France… Il suffit de trouver une ferme isolée, où on peut tirer des coups de feu. Ce n’est pas ce qui manque…
 Inquiets du risques de transformation de certaines régions sahariennes en nouveaux sanctuaires jihadistes, les Etats-Unis viennent d’organiser des manoeuvres militaires dans les confins du Sahara, au cours desquelles 700 membres de leurs forces spéciales ont encadré trois mille soldats venus de neufs pays d’Afrique.

Par Michel Moutot

AFP

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