Les Cubains dans l’incertitude

Fidel Castro est bien vivant et il récupère. C’est le message que la télévision d’Etat cubaine a voulu faire passer en diffusant une vidéo montrant la visite du président vénézuélien Hugo Chavez à Fidel Castro, en présence de son frère Raul. Ce dernier, qui a pris les rênes du pouvoir, était lui aussi resté très discret depuis l’intervention plongeant ainsi Cuba dans l’incertitude. Sur cet enregistrement de six minutes, Fidel Castro paraît d’allure frêle, mais a bon moral. Chavez, qui a offert à Castro pour son anniversaire une dague ayant appartenu à Simon Bolivar, a révélé qu’il était en train de portraiturer le héros de la Sierra Maestra.
Sur le ton de la plaisanterie, le chef de l’Etat vénézuélien a affirmé qu’il avait du mal à dessiner le nez de Castro, suggérant que ce dernier fasse appel à la chirurgie esthétique. «Quoi, une autre opération ?», a fait semblant de s’offusquer le président cubain. Les deux présidents arboraient des chemises d’un rouge éclatant, incitant l’organe quotidien du PC cubain Granma à parler d’"une après-midi inoubliable entre frères".
Ces images qui ont mis fin aux spéculations, n’ont, toutefois, pas levé tous les doutes sur l’avenir proche du pays. Le "secret d’État", dont Fidel Castro a entouré sa santé dès l’annonce le 31 juillet de son opération chirurgicale, a alimenté une intense vague de spéculations, à l’étranger comme à Cuba, sur la gravité de son état. En l’absence de "preuves", les propos rassurants et répétés des responsables cubains n’étaient guère parvenus à faire taire les multiples rumeurs. La direction cubaine a attendu le 80e anniversaire de Fidel Castro pour frapper un grand coup et démentir, photos à l’appui, les scénarios les plus alarmistes sur sa santé, assurant en même temps une formidable publicité à l’octogénaire qui veille depuis bientôt 48 ans sur le destin de l’île communiste.
Mais, de son propre aveu, sa convalescence s’annonce longue et incertaine. D’une litote, Fidel Castro a prévenu que l’intérim en cours pourrait durer plus que les «quelques semaines» annoncées le 31 juillet. «Il serait «absolument incorrect», a-t-il souligné, d’affirmer que sa convalescence ne durerait que «peu de temps». Pire, il a averti les Cubains qu’à tout moment, une mauvaise nouvelle démentant l’optimisme de rigueur pouvait tomber.
Dans la rue à La Havane, les commentaires allaient bon train sur les premières photos du dirigeant alité. «Oui, c’est la première fois que je vois Fidel dans un lit en 44 ans d’existence, mais il a fière allure, je pense qu’il va reprendre vite ses activités», a affirmé à l’AFP Jorge Luis Ramos, qui vend de l’artisanat dans le centre historique. Moraima Santos, 62 ans, employée de commerce, pense aussi qu’«il va récupérer très vite», mais résume le sentiment général. «Nous autres Cubains, nous pensons parfois que Fidel est éternel, et je crois qu’il n’y a que maintenant que nous réalisons qu’il est mortel, que c’est un homme en chair et en os», a-t-elle déclaré à l’AFP.

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