Les dirigeants européens veulent boucler le plan climat

«J’ai la responsabilité de dire oui ou non, et si je vois que les intérêts des Italiens sont touchés de manière excessive, j’ai l’intention d’utiliser mon droit de veto», a encore averti mercredi soir Silvio Berlusconi, à la veille du sommet. Mme Merkel, qui avait présidé à la naissance du plan européen pour le climat en 2007, a elle prévenu lundi qu’elle «veillerait» à ce que le sommet européen ne prenne «pas de mesures qui mettent en danger des emplois ou des investissements en Allemagne». Les Européens sont pourtant sous pression pour ne pas lâcher trop de lest. «L’Union européenne doit faire preuve de «leadership» sur le climat et les décisions qu’elle prendra jeudi à Bruxelles auront «d’importantes conséquences pour le monde entier», a averti jeudi depuis Poznan le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
En mars 2007, les Européens se sont engagés sur un triple objectif pour 2020: réduire de 20% leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à leurs niveaux de 1990, porter la part des énergies renouvelables à 20% de la consommation et réaliser 20% d’économies d’énergie.
L’ensemble des secteurs de l’économie doit participer à l’effort. L’industrie doit ainsi réduire de 21% ses émissions sur 8 ans. Les usines européennes lâchent chaque année 2 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit la moitié des émissions de l’UE. Pour les obliger à tenir cet objectif, la Commission européenne propose que les industriels achètent aux enchères des quotas d’émissions de CO2 à partir de 2013. Mais Angela Merkel et Silvio Berlusconi veulent obtenir le plus d’exonérations possibles à cette obligation pour leurs industries, en assouplissant les critères prévus pour l’obtention de certains permis gratuits.
Ils veulent des exonérations pour les secteurs du ciment, de la chaux, de la chimie de base et de l’acier, gros employeurs et gros pollueurs, et pour le maximum d’entreprises de leur secteur manufacturier. «L’Allemagne est un des plus gros pollueur de l’UE, mais elle ne veut pas payer plus que sa part», a souligné un des négociateurs français. Les revenus générés par les enchères, estimés à 440 milliards d’euros pour 2013-2020, reviendront aux Etats et devront servir à financer des investissements dans de nouvelles technologies vertes. Par solidarité, Bruxelles propose que 10% de l’ensemble des permis vendus aux enchères revienne aux pays les moins riches de l’UE, les pays de l’Est. Un mécanisme de solidarité que contestent notamment la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Suède, ce qui pourrait braquer les pays de l’Est. Le Premier ministre polonais Donald Tusk s’annonce d’ailleurs aussi comme un négociateur difficile. La Pologne et d’autres pays d’Europe orientale très dépendants du charbon pour leur électricité réclament des permis gratuits pour leurs centrales. La présidence française de l’UE leur propose 70% de gratuité en 2013, avec une réduction graduelle jusqu’à leur suppression en 2019. Mais cette proposition fâche les producteurs allemands et italiens, qui dénoncent «la fin d’une compétition équitable». Face à toutes ces querelles, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso appelle à «montrer un esprit de compromis». Outre la protection du climat, les dirigeants débattront aussi jeudi du plan de relance européen face à la crise économique – qui contribue à leur faire défendre âprement leurs industries – et pour lequel l’Allemagne est là encore sur la sellette. Ils discuteront aussi des garanties à apporter aux Irlandais pour qu’ils s’engagent à organiser avant novembre 2009 un nouveau référendum sur le traité de Lisbonne, censé permettre à l’UE élargie de mieux fonctionner.


• Christian Spillmann (AFP)

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