«Les Européens ont intérêt à surmonter leurs préjugés sur l’Islam»

Le monde occidental, et l’UE en particulier, n’ont-ils pas intérêt à surmonter leurs préjugés politiques et culturels sur le monde musulman?
Bien sûr que oui. on parle de dialogue des cultures, c’est une expression un peu simpliste. Il est très difficile d’éprouver spontanément de l’empathie pour les autres cultures. Pour pouvoir pénétrer dans la culture des autres, il faut un effort intellectuel, de la curiosité et beaucoup de tolérance. la tolérance doit jouer dans les deux sens. Ce qui est assez dramatique dans le monde contemporain, c’est que les Occidentaux ont une vision tout à fait simpliste et déformée de la civilisation musulmane et islamique qui est d’une grande richesse insoupçonnée par les majorité. Là, il y a un travail considérable à faire, et beaucoup d’effort à faire des deux côtés.
Qu’est-il demandé aux pays musulmans, et les attentats du 11 septembre modifient-ils la donne ?
Un des grands problèmes, tout particulièrement pour les Arabes, c’est que dans des cas dramatiques comme le 11 septembre, il y a très rarement des voix autorisées qui puissent prendre des positions clairement visibles et compréhensibles par tout le monde. C’est aussi le problème de la religion islamique car on peut critiquer la papauté, mais le fait d’avoir un chef qui s’exprime et qui en tant que tel représente la communauté a ses avantages. Les attentats du 11 septembre ont aggravé la situation. Ils obligent les uns et les autres à faire face à des questions esquivées auparavant et d’en parler de façon beaucoup plus directe. Le problème du +deux poids, deux mesures+, la question israélo-palestinienne, par exemple, expriment les frustrations des pays arabo-musulmans et il faudra bien en discuter. C’est en effet une des causes fondamentales du terrorisme. Les opinions publiques et les gouvernements de certains pays sont-ils complices du terrorisme et pourquoi ? Je ne suis pas sûr que des questions aussi délicates seront abordées, mais elles sont nécessaires surtout si on lance un processus.
Pourquoi Istanbul et pourquoi des diplomates pour parler d’harmonisation des cultures ?
R : Istanbul est une des grandes villes du patrimoine de l’humanité, qui appartient aux deux cultures. La laïcité de la Turquie, pays de très grande civilisation, son rôle géopolitique, sa volonté d’entrer dans l’UE et de s’adapter conduisent à reconnaître que ce pays puisse avoir un certain positionnement privilégié dans ce type de dialogue. Ce n’est pas une seule réunion qui fera avancer les choses, et le Proche-Orient risque de brouiller les cartes. Il faudra que cela soit suffisamment ressenti par les participants comme constructif pour continuer ce type de dialogue. la façon traditionnelle d’en parler est trop vague. Il est bien qu’on en discute dans un cadre politique pour faire progresser les choses. le plus grand service qu’on puisse rendre aujourd’hui, c’est de sortir des clichés habituels.

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