Les manifestations paralysent Beyrouth

Le déploiement en masse des forces de sécurité et de l’armée dans la capitale n’a pas empêché les affrontements dans plusieurs quartiers, alors que le pays traverse une crise politique sans précédent depuis la fin de la guerre civile (1975-1990). La majorité antisyrienne, dont est issu le gouvernement, et l’opposition sont engagés dans une lutte de pouvoir depuis novembre 2006. Ces heurts interviennent à l’occasion d’une grève organisée par la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL), la principale organisation syndicale du pays, avec le soutien de l’opposition. Des partisans du parti du Courant du Futur présidé par le leader antisyrien, le sunnite Saad Hariri, et ceux des mouvements chiites Hezbollah et Amal se sont lancé des pierres dans le secteur mixte de Corniche al-Mazraa. L’armée est intervenue en tirant dans l’air, sans pouvoir faire cesser les affrontements. Les télévisions locales ont montré des jeunes gens au visage ensanglanté. Dans les quartiers également mixtes de Ras el-Nabeh et de Noueiri, près du centre-ville, des coups de feu ont été tirés par des partisans des deux camps. Des tirs de roquettes de type RPG ont été entendus, selon les télévisions. Des locaux du Courant du Futur ont été incendiés et un partisan d’Amal a été blessé par balle. Les chaînes locales évoquaient des heurts similaires dans l’ouest de la capitale. Des véhicules de l’armée sillonnaient Beyrouth, dont certains quartiers étaient pratiquement déserts. Des habitants ont été vus quitter avec leurs enfants les zones où se déroulaient les heurts.
Les protestataires, de jeunes sympathisants de l’opposition dont certains avaient le visage couverts par des écharpes, ont bloqué plusieurs routes, y compris celle de l’aéroport qui longe la banlieue sud de Beyrouth à majorité chiite, l’un des bastions du Hezbollah. Ils ont brûlé des pneus et des voitures, retourné des poubelles, alors que des camions ont versé du sable pour bloquer la circulation en plusieurs endroits. A l’aéroport international de Beyrouth, tous les vols ont été annulés entre 09H00 locales (06H00 GMT) et 15H00 (12H00 GMT), selon une source aéroportuaire. Une manifestation prévue par la CGTL a par ailleurs été annulée «pour des raisons de sécurité». La majorité antisyrienne a accusé le Hezbollah d’être l’instigateur des troubles. «La grève sociale n’est qu’une façade, mais le mouvement est politique et essentiellement mené par le Hezbollah», affirmé le ministre des Télécommunications Marwan Hamadé. «La suspension de la manifestation par la CGTL a mis à découvert le Hezbollah. Il s’agit de tout sauf d’une grève contre la hausse des prix. C’est une tentative du Hezbollah de déstabiliser le gouvernement et l’Etat», a affirmé de son côté l’un des dirigeants de la majorité, Ghattas Khoury. L’opposition et la majorité s’accusent d’entraver toute solution à la crise qui empêche l’élection d’un président de la République depuis le 24 novembre 2007.

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