Les marins libérés interdits d’interview

Les marins libérés interdits d’interview

Face au tollé provoqué par les rémunérations d’interviews de deux soldats dans des tabloïds et à la télévision, le ministre britannique de la Défense, Des Browne, est revenu, lundi soir, sur l’autorisation exceptionnelle donnée aux 15 membres de la Royal Navy, de vendre leurs récits.
En Grande-Bretagne, le règlement militaire interdit à son personnel de vendre des témoignages concernant des missions professionnelles. Pourtant, le même ministère avait donné à ce groupe une autorisation exceptionnelle.
Durant un long week-end, les critiques étaient venues de partout, y compris des médias et du Parti travailliste. Cette surenchère des médias pour obtenir le récit des marins de la Royal Navy a fait bondir l’opposition britannique et les familles des soldats morts en Irak. C’est le cas de Sally Veck. Sa fille Eleanor, 19 ans, a été tuée près de Bassorah le jour même où étaient libérés les 15 marins. Elle s’est dit indignée par cette démarche.
Le journal "The Independent" s’est élevé contre un «système qui n’accorde que des indemnités proches de zéro pour quelqu’un tué en service commandé, mais autorise des prisonniers libérés à gagner plusieurs fois leur salaire annuel (en racontant) leur expérience». Des milliers d’internautes ont également exprimé leur désaccord, sur un forum en ligne de la BBC.
Et malgré son rétropédalage tardif lundi soir, le ministre de la Défense risque de devoir affronter cette semaine d’autres questions, celles des parlementaires de retour de leurs vacances de Pâques.
Plusieurs députés travaillistes ont même appuyé le lancement d’une enquête parlementaire sur la façon dont la Navy a donné son feu vert, décision ensuite endossée par Des Browne.
«C’était une décision très difficile», s’est justifié M. Browne lundi soir. Il a annoncé la réimposition de l’interdiction de tout témoignage monnayé pour les militaires, mais aussi un réexamen des règlements en vigueur «pour voir si (ces) règlements sont les bons, dans l’environnement médiatique moderne».
Le général Patrick Cordingly, commandant des troupes britanniques lors de la première guerre du Golfe en 1991, a accusé le ministère d’utiliser les marins comme outils de propagande, un sentiment partagé par Reg Keys, père d’un soldat tué en 2003 en Irak. «Le gouvernement les utilise à son profit parce que cela convient à ses positions», s’est-il indigné.
«Le ministère de la Défense est parvenu à perdre la sympathie du public pour nos marins, à provoquer la division au sein des troupes armées, et les militaires (…) ont en fait été mis aux enchères de la façon la plus horriblement indigne», a dénoncé, pour sa part, Liam Fox, porte-parole de l’opposition conservatrice pour les affaires de défense. Deux marins ont vendu leur histoire à la presse, et mardi, la seule femme du groupe, Faye Turney, 26 ans, continuait à se raconter dans le tabloïde à grand tirage "The Sun". Arthur Batchelor, 20 ans, le benjamin du groupe, livrait aussi ses confidences au "Daily Mirror".

Confessions en or

Faye Turney, matelot du groupe des marins britanniques capturés en Iran, a raconté sur les colonnes du "Sun" les menaces de mort et la peur qui ont alimenté ses 13 jours de captivité. Des confidences qui contrastent avec les images de la télévision iranienne montrant les captifs jouant aux échecs, détendus et souriants. Grâce aux entretiens accordés à une chaîne britannique et à un quotidien, la seule femme du groupe, Faye Turney aurait récolté à elle seule près de 101.000 Livre Sterling (1.600.000 dirhams).

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