Les militaires sénégalais aux urnes

Les militaires sénégalais aux urnes

Pour la première fois depuis l’indépendance de leur pays en 1960, quelque 24.479 corps habillés sénégalais (soldats, gendarmes, policiers, douaniers, gardiens de prison, agents des eaux et forêts et sapeurs-pompiers), ont voté ce week-end, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Le reste du collège électoral sénégalais votera le 25 février.
Les corps habillés qui ont ainsi voté pour pouvoir assurer la sécurité du scrutin de dimanche prochain, ont obtenu le droit de vote à la faveur d’une réforme mise en oeuvre par le président Abdoulaye Wade, favori de ces présidentielles dont la campagne bat actuellement son plein.
De longues files de militaires en tenue civile se sont formées samedi dernier devant certains bureaux de vote de Dakar. Interrogés à la sortie des urnes, certains militaires ont fait part de leur émotion après avoir déposé, pour la première fois, un bulletin dans l’urne. Les autorités ont prévu 455 bureaux de vote pour permettre aux militaires et para-militaires d’accomplir leur devoir.
Ces bureaux de vote ont été installés en dehors des casernes et les corps habillés en tenues civiles, ont présenté un document d’identification officiel de leurs corps. Ils sont régis par les mêmes lois électorales que les civils et seront frappés par les mêmes sanctions en cas de fraude, selon la Commission électorale nationale indépendante. A la fin du vote, les urnes ont été scellées et confiées aux présidents des tribunaux départementaux. Leur dépouillement aura lieu le soir du 25 février, jour où 4,9 millions d’électeurs se rendront aux urnes pour élire l’homme qui dirigera le Sénégal durant les cinq prochaines années.
Le vote des militaires et autres corps assimilés était interdit au Sénégal depuis 1962, au lendemain d’une crise politique profonde entre l’ancien président, Feu Léopold Sédar Senghor, et son Premier ministre de l’époque, Mamadou Dia, accusé d’avoir voulu renverser le chef de l’Etat. En 2006, le Parlement sénégalais, saisi par le gouvernement, a adopté une loi levant cette interdiction, en dépit des réserves de certaines formations politiques dont le Parti socialiste (PS-au pouvoir de 1960 à 2000). Certains Sénégalais jugent inopportune cette réforme en raison de la neutralité qu’elle exige de l’armée. Pour l’opposition, il faut tenir l’armée «hors du jeu politique». Le gouvernement a rétorqué en indiquant que les corps habillés sont des «citoyens à part entière», ayant leur mot à dire sur la vie et la conduite des affaires du pays. Le Sénégal, rappelle-t-on, est le seul pays d’Afrique de l’Ouest à n’avoir jamais connu de coup d’Etat depuis son indépendance en 1960.
Quinze candidats sont en lice pour ce scrutin présidentiel, dont le président sortant Abdoulaye Wade, son ancien Premier ministre Idrissa Seck, le premier secrétaire du parti socialiste, Ousmane Tanor Dieng, et le secrétaire général de l’Alliance des forces du progrès (AFP) et ancien Premier ministre, Moustapha Niasse. La campagne pour cette élection, d’une durée de 21 jours, prendra fin le 23 février à minuit. Pour la Coalition alternative 2007, qui regroupe plusieurs partis d’opposition, les deux premières semaines de cette campagne ont «été satisfaisantes». Ce groupement dont le principal candidat est Moustapha Niasse, appelle au changement de la politique du pays tout en critiquant le bilan du président Wade. Candidat à sa propre succession, Abdoulaye Wade qui s’est plaint d’une couverture médiatique «trop partielle» de sa campagne présidentielle, parle, avec satisfaction, de ses sept ans à la tête du pays. «Moi, je pense que la faiblesse de mon bilan vient de son succès. Je demande aux Sénégalais de me juger d’après ce que j’ai fait. Et considérant cela, je promets de faire plus», a-t-il affirmé lors de ses meetings.

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