Les saoudiens, otages de leurs alliances

Dans la crise irakienne, les dégâts collatéraux ne sont pas uniquement militaires. Ils risquent de se révéler politiques aussi dans la mesure où les régimes de nombreux pays de la région risquent de faire les frais d’une guerre programmée à leurs portes. C’est visiblement le cas de l’Arabie saoudite qui fait preuve d’une fébrilité inaccoutumée, tant la pression est trop forte sur ses dirigeants. Confrontés à une opinion publique de plus en plus hostile à la présence militaire américaine en terre d’Islam par excellence, les Princes saoudiens donnent la nette impression de ne plus savoir comment se comporter vis-à-vis de leur allié traditionnel, dans la perspective de l’imminence de la guerre.
Les membres de la famille régnante multiplient les déclarations contradictoires. Elles vont du soutien inconditionnel à l’Administration Bush jusqu’à la condamnation pure et simple des visées hégémoniques sur l’Irak. C’est dans ce cafouillage, qui n’augure rien de bon pour Riad, que les Etats-Unis et l’Arabie saoudite ont négocié de nouveaux accords au sujet de l’utilisation des bases militaires saoudiennes durant la frappe contre Bagdad, rapporte le Washington Post. Ces accords permettent au Pentagone une totale liberté dans la base aérienne connue sous l’appellation «Prince Sultan».
Ils autorisent aussi les avions américains à stationner et de décoller du territoire saoudien. Bien plus, les deux pays auraient conclu une entente autorisant des raids américains à partir du territoire saoudien, à condition que l’information reste secrète. Et, comme elle ne l’a pas été, il y a bien eu un démenti de Ryad qui concerne ce seul aspect de l’accord, à l’exclusion de tous les autres. Globalement, le gouvernement saoudien se montre vague, voir évasif, sur l’étendue de sa collaboration avec l’Administration américaine. Mais, son embarras est évident. D’ailleurs sur le plan diplomatique, il évite de s’impliquer dans des rendez-vous qui risqueraient de l’amener à se positionner clairement vis-à-vis des visées américaines sur l’Irak. C’est sans doute la raison qui a amené l’Arabie saoudite à déclarer ne pas voir d’utilité à la réunion d’un Sommet extraordinaire de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) sur l’Irak proposé par le Qatar : «L’Arabie pense qu’une telle réunion ne serait d’aucune utilité pour les Arabes et les Musulmans et n’apporterait rien de nouveau en ce qui concerne l’Irak», a déclaré un responsable saoudien.
L’Arabie saoudite fait partie de ces pays qui se considèrent directement ciblés par la croisade américaine contre le régime de Saddam Hussein. Les Etats-Unis ne cachent pas leur volonté de changer radicalement la configuration politique du Proche-Orient en agissant pour l’instauration d’Etats démocratiques à la place des dictatures actuelles.
Washington considère que tous les maux de la région, à commencer par l’extrémisme religieux, proviennent de la nature des régimes en place. Ils tiennent les Wahhabites d’Arabie pour les principaux responsables de l’attaque du 11 septembre. Quinze des 19 kamikazes qui ont mené l’opération des Twin Trade Center, de New York, sont saoudiens.
Washington ne se cache pas pour afficher sa volonté d’extirper le mal à son origine. Pour les Américains, ce mal se situe dans la nature même de ces gouvernements, totalitaires ou prisonniers d’exégèses et d’extrémistes religieux. L’actuelle Administration américaine, veut donc agir en conséquence. Saddam Hussein ne serait ainsi que la première cible d’une liste de candidats qui s’annonce plutôt étoffée. Cette croisade est d’ailleurs engagée depuis que l’Administration Bush a dressé une liste d’organisations et de personnes qu’elle accuse de connivence avec les réseaux Al-Qaïda et depuis qu’elle a gelé des fonds soupçonnés de financer ces mêmes réseaux terroristes. De nombreux Saoudiens figurent dans les deux listes.

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