Les tumultueuses relations de Nicolas Sarkozy avec la presse

Les tumultueuses relations de Nicolas Sarkozy avec la presse

Qui aurait cru qu’au bout de quelques mois seulement de présidence, Nicolas Sarkozy, à qui la presse – presque unanime – tressait les lauriers les plus flatteurs, se retrouverait ainsi en position de confrontation et de rupture avec cette profession ? Par admiration pour ses talents de communicateur inné, de son bagout de vendeur de rêves et de charmeur patenté des chaumières, les journalistes l’avaient placé sur un inamovible piédestal.
Aujourd’hui, il n’est question que de mots durs, de sécheresse dans les relations, de bras de fer grinçants et de défis virils. Prenant prétexte du peu d’écho que les grands média avait donné à l’issue juridique du conflit salarial qui opposait la socialiste Ségolène Royal à deux de ses anciennes attachées parlementaires et qui avait valu l’accusation de «délinquance sociale» lancée par Jean- Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy a accusé certains journaux et agences de tous les maux y compris, insulte suprême, d’incarner «une fonction d’opposition».
Il n’en fallait pas plus pour déclencher une vive polémique. Nicolas Sarkozy serait-il en train, à l’aide d’accusations dissuasives et de menaces voilées, de tenter d’influencer le traitement de l’information politique ? Dans l’œil du cyclone se trouve l’agence France Presse qui vient de subir une vague d’attaques successives. La première est quand le porte-parole de l’UMP, Fréderic Lefébvre lance cette fracassante limitation de l’exercice d’informer en affirmant que «si les journaux, les radios sont libres (…) il ne reconnaît pas à une agence de presse une ligne éditoriale quand il s’agit de traiter un communiqué d’un parti politique ».
La seconde attaque a été relayée par la ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel, lorsqu’elle propose la diffusion par l’AFP de «l’ensemble des communiqués de presse des partis et des organisations syndicales». Cette proposition est tellement sérieuse et loin d’être fantaisiste qu’elle a de fortes chances de figurer dans le projet de loi autorisant les journalistes à ne pas dévoiler leurs sources et dont la présentation devant l’Assemblée nationale  est prévue la semaine prochaine.
Le Parti socialiste a décelé tout l’intérêt qu’il y avait à creuser davantage le fossé entre Nicolas Sarkozy et l’opinion. Son communiqué est cinglant : «La droite cherche, à travers l’AFP, à intimider l’ensemble des journalistes: Frédéric Lefébvre demande une presse neutre, mais il veut surtout une presse neutralisée (…) Cette polémique orchestrée trahit une grande hypocrisie de la droite: l’UMP prétend souhaiter la neutralité des médias, mais a refusé d’inscrire l’égalité audiovisuelle et le décompte du temps de parole du président dans le projet de réforme des institutions».
Dans ses attaques contre Nicolas Sarkozy , le Parti socialiste est aidé par les personnalités politiques de l’UMP proches de Dominique de Villepin comme le député de la Drome, Hervé Mariton, qui appuie là où le bat blesse : «dans ses critiques, Nicolas Sarkozy se trompe de combat. L’enjeu n’est pas de lutter contre ses prédécesseurs ou contre la presse, c’est de gagner dans le monde de demain et de convaincre les Français».
Sentant sans aucun doute que le divorce risquait de s’installer durablement entre  lui et les journalistes, Nicolas Sarkozy a dépêché sur les plateaux de télévision sa  discrète conseillère politique, Catherine Pégard, ex-journaliste au «Point», dont les apparitions sont aussi rares que les prises de parole publique. Sa mission était d’expliquer la blessure narcissique dont souffre le président de la république à l’égard d’une profession jugée ingrate : «Il a beaucoup donné aux journalistes, il les a beaucoup vus, il les voit beaucoup. On sent qu’il a du plaisir à les rencontrer, car il y a une sorte de jeu qui se tisse entre les journalistes politiques et les hommes politiques, on le sait bien (…) Ce qu’il n’apprécie pas, c’est d’être caricaturé. La critique, si elle est justifiée, est légitime. La caricature ne l’est pas, pour n’importe quel journaliste». Le coup de sang de Nicolas Sarkozy contre la presse est le fruit d’un discutable constat élyséen : l’impopularité permanente et entêtée du président de la république serait le fruit d’une mauvaise explication par les journalistes. Ces mauvais esprits avaient conclu que la caricature faisait plus vendre que la pédagogie. Mais Il n’est pas certain que le coup de pied que Nicolas Sarkozy vient de donner dans la fourmilière des journalistes arrangerait davantage la situation.

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