L’Espagne donne le droit aux homosexuels de se marier et d’adopter

L’Espagne devient par le vote de jeudi le quatrième pays au monde à légaliser le mariage homosexuel après les Pays-bas, la Belgique et le Canada.
Sans surprise, la chambre des députés dominée par les socialistes (164 députés sur 350) a confirmé le vote émis en première lecture en avril, en approuvant le texte par une majorité de 187 voix, avec 147 voix contre et 4 abstentions.
Dans la tribune des visiteurs, des militants pour les droits des homosexuels se sont levés pour applaudir, en même temps que la majorité des députés.
Le texte doit à présent être signé par le chef de l’Etat, le roi Juan Carlos, avant son entrée en vigueur, très probablement dès juillet.
Dans le quartier emblématique de Chueca, au coeur de Madrid, la communauté homosexuelle se préparait jeudi à célébrer ce week-end avec un éclat historique sa fête annuelle de la Fierté gay.
La municipalité de Barcelone a annoncé qu’elle augmenterait le nombre de jours et heures dédiés aux célébrations de mariages afin de faire face à la prévisible avalanche de demandes de couples homosexuels.
"En stricte application d’un engagement électoral, nous reconnaissons aujourd’hui en Espagne le droit au mariage entre personnes du même sexe", avait déclaré avant le vote le chef du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.
"Nous ne sommes pas les premiers mais je suis sûr que nous ne serons pas les derniers, beaucoup d’autres pays viendront ensuite, poussés par deux forces imparables, la liberté et l’égalité".
Les homosexuels "ne sont qu’une minorité, mais leur triomphe est le triomphe de tous, leur victoire nous rend tous meilleurs", a-t-il ajouté à la tribune du congrès des députés.
Cette loi, qui accorde aux homosexuels un droit sans restriction à l’adoption, avait suscité une levée de boucliers dans le secteur conservateur de l’Eglise catholique et au Parti Populaire (PP, droite), dont les sympathisants étaient descendus dans la rue par dizaines de milliers, samedi 18 juin à Madrid.
Les organisateurs de cette manifestation, le Forum espagnol de la famille (FEF) disent avoir recueilli plus d’un million de signatures contre cette loi et réclament un référendum sur le sujet.
Le chef du PP, Mariano Rajoy, a déclaré jeudi que la loi "provoque une division dans la société espagnole" et que le PP étudie "un recours auprès du Tribunal constitutionnel". Le PP défend une "union civile" pour les homosexuels, sans droit à l’adoption.
La hiérarchie catholique espagnole avait notamment qualifié le mariage gay de "retour en arrière sur le chemin de la civilisation", et appelé les fonctionnaires des mairies à l’objection de conscience, avec l’appui réitéré du Vatican.
Le cardinal Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pontifical pour la Famille, avait notamment parlé de "mauvaise interprétation de ce que représente une majorité parlementaire et des lois qu’elle peut autoriser".
La loi sur le mariage homosexuel complète une série de réformes de société promises par le gouvernement Zapatero et qui sont en cours d’application.
La plus symbolique était le tout premier projet de loi adopté par les socialistes arrivés au pouvoir en avril 2004: la "loi intégrale contre les violences de genre", destinée à lutter contre ce que M. Zapatero avait qualifié de "pire honte" de l’Espagne.
Une préfète chargée de la violence faite aux femmes et 17 tribunaux spécialisés dans le traitement de ces plaintes ont commencé à exercer mercredi en Espagne.
Les députés ont aussi adopté dans la nuit de mercredi à jeudi une loi facilitant le divorce et créant la garde partagée.

Par Marie-Noklle Valles

AFP

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