L’Europe porte bonheur à Nicolas Sarkozy

Tel que les habitués peuvent l’imaginer, Nicolas Sarkozy a dû pousser un grand râle de victoire dans son palais de l’Elysée au moment même où la victoire de son parti, l’UMP, a été confirmée dans les élections européenne, au moment où son ennemi intime, François Bayrou s’est littéralement scratché et au moment où le principal parti de son opposition, le PS, a vu ses rêves de reconquête fondre à un niveau humiliant, rattrapé par la grande percée du vert Daniel Cohn-Bendit. C’est que l’homme avait beau se convaincre que sa dynamique présidence de l’Union européenne et sa non moins dynamique gestion de la crise économique finiront par porter leurs fruits dans un exercice où son management international sera durement questionné, il craignait que les Français n’exigent des comptes, à ce niveau de son mandat, de ses réformes inachevées, de leur pouvoir d’achat en chute constante, de la montée sans filet du chômage.
Et si le Français n’avait pas immédiatement remarqué cette dégradation, il y avait dans le spectre politique suffisamment de fortes voix pour leur en dresser un portrait détaillé en pointant la responsabilité directe de la gouvernance de Nicolas Sarkozy. Parmi ces voix, on trouvait par ordre d’acharnement et de conviction le chef du MoDem François Bayrou qui a fait de l’anti-Sarkozysme obsessionnel, l’angle d’attaque principale de sa campagne, Dominique de Villepin qui s’est volontairement inscrit dans un processus de revanche légitime et de règlement de compte tous azimuts, Olivier Besancenot, le jeune chef du nouveau fleuron de l’extrême gauche NPA qui ambitionnait de chevaucher la confrontation frontale et Martine Aubry, l’intérimaire du PS qui espérait faire de ces élections européennes le test de légitimation qui lui faisait tant défaut lors du congrès de Reims. Toutes ces forces coagulées pouvaient à raison donner des insomnies à Nicolas Sarkozy. Son règne était menacé d’une grande gifle, d’une grande vague de ras-le-bol qui l’aurait obligé à de douloureuses concessions. Or la victoire de l’UMP dans ces élections donne le signal inverse. Elle est d’autant plus une victoire personnelle de Nicolas Sarkozy que son parti avait fait de lui son principal argument électoral. Voter pour les listes UMP, c’était reconnaître au président de la République tout le mérite que tente de lui dénier l’opposition. Cette victoire n’est sûrement pas celle du secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand ou celle du Premier ministre François Fillon ou même celle des têtes de liste UMP. Leurs wagons était accrochés à la force motrice présidentielle qui a montré qu’elle disposait encore d’une énorme force d’attraction.
La question qui est sur toutes les lèvres aujourd’hui est la suivante: Que va faire Nicolas Sarkozy de cette victoire attendue et prévue par les sondages, mais tout de même tombée du ciel ? Le premier grand test qui l’attend est celui du remaniement ministériel. La logique politique voudrait qu’en cas de défaite, l’ampleur du changement aurait été plus profonde.
Dans le cas de figure d’une victoire, l’hypothèse d’un ajustement limité à remplacer les ministres partants vers le Parlement européen est évoquée.  Les deux ministres dont il est question sont les deux têtes de liste UMP de l’Ile-de-France Michel Barnier à l’Agriculture et à la Pêche et Rachida Dati à la Justice. Sur ce point particulier, Nicolas Sarkozy aura à gérer un premier casse-tête. Le ministre du Travail, Brice Hortefeux, a été élu dans le Massif Central. Or Brice Hortefeux est un intime de Nicolas Sarkozy dont il ne voudrait pas se séparer en lui faisant subir la règle appliquée à Barnier et à Dati selon laquelle tout ministre élu doit obligatoirement et physiquement siéger.
Nicolas Sarkozy peut se contenter de cette victoire et ne rien changer dans son exécutif. François Fillon et ses ministres pourront continuer à couler des jours heureux et préparer, en silence et en dévouement, la réélection de leur champion. Mais Nicolas Sarkozy peut aussi surprendre son monde en chevauchant cette vague de confiance renouvelée pour reconfigurer son instrument de reconquête, estimant sans doute qu’à mi-mandat, un nouveau souffle est plus qu’indispensable.

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